Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

11 juillet 2004

Primate électrique

Fixer le plafond. Se dire qu'il mériterait un bon coup de pinceau, comme les murs.
Parce que la fumée du feu de bois et celle des cigarettes conjuguées en ont terni le blanc cassé
Se dire "A quoi bon".

Rester étendue sur le lit, par terre. Avec Joey dans les bras.
Sphinx qui me fixe comme je fixe le plafond depuis des heures.
Est-ce qu'elle se dit "Elle mériterait bien un bon coup de pinceau. Parce que la fumée du désespoir et celle des cigarettes conjuguées n'ont jamais donné un teint hâlé et qu'elle est blanche comme de la porcelaine, la pauvre fille" ? Est-ce qu'elle se dit "A quoi bon." ?
Non.
Elle me fixe et elle ne dit rien.
Elle écarquille un peu plus ses pupilles de jade liquide, toute étonnée que je la caresse aussi longtemps sans même y prendre garde.

Une chanson qui me revient. Longtemps interdite d'antenne, comme "Les désespérés" de Brel.
Faut pas désespérer le bon peuple.
Ni celui de Neuilly, ni celui de Billancourt.

En qualité de primate électrique
Je vis sans but, je vais sans hic
Au gré des sentiments, au gré du temps
Puis de nulle part vient le printemps

C'est donc en vertu d'une fatigue soudaine
Mélangée à la peine de l'esseulé
Que ni le corps ni l'âme ne manifestent bien
Le tout petit désir de vivre


J'ai attiré l'escouade technique
Parce que dos aux briques j'ai exprimé
D'une hauteur inquiétante pour qui ne sait voler
Mon seul et cuisant chagrin d'amour


Les joues en rivière, les deux mains glacées
Et tout le quartier au parterre pariant sur ma chute
« Tombera-t-il au sol ou sur le cabriolet? »
Qu'importe mais quitter ce monde laid


Je ne dois à personne mon coeur encore qui bat
Qu'à une flamme bonne qui scintilla
Cet instant fatidique avant le saut mortel
Depuis Dieu m'intrigue et j'attends le printemps
Aujourd'hui Dieu m'intrigue
Et j'attends le printemps

Daniel Bélanger - Primate électrique

Je ne crois pas en Dieu.
Et je me fous du printemps.
Il avait fermé ses commentaires juste après son dernier message, juste après mon premier mail.
Il ne répond pas aux suivants.
Il n'a pas attendu le printemps.

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Posté par Oneiros à 18:55 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    oui c'est bien moi...
    le texte de Char est magnifique, une pensée pour celui à qui il est dédié...
    Posté par jocaste, 11 juillet 2004 à 18:10
  • OK.
    Il me semblait bien avoir reconnu le style mais j'avais encore un léger doute.

    Pas qu'une pensée.
    J'ai rien d'autre dans la tête depuis 16h30 hier.
    Rien.
    J'oscille entre insistance et respect de son choix.
    Comme je voudrais qu'on respecte le mien.
    C'est effroyablement douloureux et très déstabilisant parce qu'on touche du doigt ce que j'essayais d'expliquer dans un note d'il y a quelques jours sur la bizarrerie du rapport auteur/lectorat, la responsabilité dont on se charge sans l'avoir voulu.
    Je disais à Anne "On est responsable de ce que l'on a apprivoisé".
    Là, j'en vis la réalité impuissante.

    Et je culpabilise à l'avance.
    Posté par Oneiros Thanatos, 11 juillet 2004 à 20:07
  • Gorge serrée, j'attends un signe qui ne vient pas...
    Saturday night...
    And I'm crying
    For yesterday
    Posté par Coeur Exsangue, 11 juillet 2004 à 20:38

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