Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

20 juin 2004

Les justes

Qu'on ne me parle pas d'anti-américanisme primaire quand je crache sur les Bush, Perle, Rumsfeld, Wolfowitz ou Carlucci.
Les anti-américains sont très précisemment ceux qui soutiennent les fossoyeurs de la démocratie aux U.S.A, très précisemment ceux-là, plus les pétroliers texans et autres fous-furieux de Dieu, très précisemment ceux qui instaurent un fascisme rampant dans le pays de Lincoln ou de Washington ou de Thoreau.
Le sénateur Byrd, dans un autre discours datant du 17 octobre 2003, finissait son intervention sur ces mots :

J'ai commencé mes remarques par un conte de fées. J'achèverai mes remarques avec un récit d'horreur, sous forme d'une citation extraite du livre Nuremberg Diaries, écrit par G.M. Gilbert, dans lequel l'auteur interroge Hermann Goering.

"Nous sommes revenus sur le sujet de la guerre et j'ai dit que, contrairement à son attitude, je ne pensais pas que les gens ordinaires éprouvent beaucoup de gratitude pour les dirigeants qui leur apportent guerre et destruction.

"...Mais, après tout, ce sont les dirigeants du pays qui déterminent la politique et c'est toujours une chose facile que d'entraîner le peuple, qu'il s'agisse d'une démocratie ou d'une dictature fasciste ou d'un régime parlementaire ou d'une dictature communiste.

"Il existe une différence, ai-je fait observer. Dans une démocratie les gens ont leur mot à dire par l'intermédiaire de leurs représentants élus, et aux Etats-Unis seul le Congrès peut déclarer des guerres."

"Oh, tout cela est très bien, mais, voix ou pas voix, les gens peuvent toujours être amenés à suivre les ordres des dirigeants. C'est facile. Tout ce que vous avez à faire est de leur dire qu'ils sont attaqués et dénoncer les pacifistes de manquer de patriotisme et de mettre le pays en danger. Cela fonctionne de la même manière dans tous les pays."

Sans commentaires...

Les vrais américains sont ailleurs.
Là, par exemple...

Transcription du discours donné par l'acteur Tim Robbins au Club national de la presse à Washington, D.C., le 15 avril 2003.

Un vent d'effroi souffle sur cette nation

TIM ROBBINS : Merci. Et merci de votre invitation. A l'origine, il m'avait été demandé d'intervenir sur la guerre et la situation politique actuelle, mais j'ai décidé de profiter de cette opportunité pour parler de base-ball et du monde du spectacle (rires). Je plaisante. Quoi que.

Je ne peux vous décrire à quel point j'ai été touché par l'inconditionnel soutien que m'ont accordé nombre de journaux à travers tout le pays durant ces derniers jours. Je ne pense sincèrement pas que tous les journalistes de ces journaux partagent mon point de vue sur la guerre. Le sentiment d'intense indignation éprouvé par les journalistes lors de l'annulation de notre venue à Cooperstown (1) ne défendait pas ce point de vue mais revendiquait notre droit à l'exprimer librement. Je suis infiniment reconnaissant à ceux d'entre vous qui témoignent toujours d'une foi inconditionnelle dans les droits garantis par la Constitution. Nous avons besoin de vous, la Presse, aujourd'hui plus que jamais. C'est un moment critique pour nous tous.

Malgré l'horreur et la tragédie du 11 septembre, lui a succédé une brève période pendant laquelle je nourrissais un immense espoir, au milieu des larmes et des visages stupéfaits des habitants de New York. Sur les ruines de Ground Zero ou nous travaillions et respirions un air mortel, au cours de la terreur ressentie par mes enfants d'avoir vécu à quelques pas à peine de ce crime contre l'humanité. Au milieu de tout cela, je m'agrippais à une lueur d'espoir, présumant naïvement que quelque chose de bon pourrait naître de ce chaos.

J'imaginais nos dirigeants se saisir de ce moment d'unité en Amérique, ce moment pendant lequel personne ne voulait parler de différences entre démocrates et républicains, entre blancs et noirs ou de quelque autre dichotomie ridicule et omniprésente dans nos discussions publiques. J'imaginais nos dirigeants se rendre sur les plateaux de télévision pour annoncer à leurs citoyens que malgré notre volonté commune d'être à Ground Zero, nous ne pouvions pas tous nous y rendre mais qu'il restait beaucoup de travail à accomplir dans tout le pays. Notre aide est sollicitée dans les foyers municipaux pour donner des cours particuliers aux enfants, leur apprendre à lire. Notre travail est requis dans les maisons de retraite pour rendre visite aux personnes seules et aux infirmes, dans les quartiers délabrés pour reconstruire des maisons, nettoyer les parcs et transformer des terrains à l'abandon en terrains de base-ball. J'imaginais une administration qui s'emparerait de cette énergie incroyable, de cette générosité d'esprit et créerait une nouvelle unité dans l'Amérique surgie de la tragédie et du chaos du 11 septembre, une nouvelle unité qui porterait un message aux terroristes de par le monde : si vous nous attaquez, nous deviendrons plus forts, plus honnêtes, mieux éduqués et plus unis. Vous renforcerez nos responsabilités de justice et de démocratie par vos agressions inhumaines contre nous. Tel un Phoenix, nous renaîtrons de nos cendres.

Et puis, il y eut ce discours : Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous. Les bombardements ont alors commencé. Et le vieux paradigme fut remis à l'ordre du jour par nos dirigeants nous encourageant à faire preuve de patriotisme en consommant et en rejoignant des groupes de volontaires chargés de dénoncer aux autorités nos voisins au comportement suspect.

Durant les 19 mois qui se sont écoulés depuis le 11 septembre, nous avons vu notre démocratie compromise par la peur et la haine. Des droits fondamentaux inaliénables, l'application de la loi, le caractère sacré du foyer ont été subitement mis en péril dans un climat de peur. L'unité du peuple américain s'est disloquée dans l'amertume, et une population mondiale qui nous exprimait sa profonde sympathie et son soutien est devenue méprisante et méfiante à notre égard, nous considérant comme nous considérions autrefois l'union soviétique, comme un état voyou.

Le week-end dernier, Suzan, moi et les trois enfants sommes allés en Floride pour une grande réunion de famille. Entre l'alcool et les cabrioles des petits se précipitant sur les sucreries, nous avons, bien entendu, discuté de la guerre. Et la chose la plus effrayante durant ces deux jours fut le nombre de fois ou nous avons été remerciés pour nous être opposés publiquement à la guerre parce que ceux qui nous parlaient trouvaient dangereux le fait de s'exprimer de la sorte au sein de leur propre communauté, dans leur propre vie. Continuez, nous disaient ils. Je suis resté sans voix.

Un proche me raconte que le professeur d'histoire de son fils de 11 ans, mon neveu, lui enseigne que Suzan Sarandon met en danger les troupes américaines de par son opposition à la guerre. Un professeur d'une autre école demande à notre nièce si nous comptons assister à la pièce de théâtre de l'école. « Ils ne sont pas les bienvenus », a déclamé le modeleur d'esprits en herbe.

Un autre membre de ma famille me parle de la décision d'une commission scolaire d'annuler une classe d'instruction civique proposant de respecter une minute de silence pour les victimes de la guerre, simplement parce que les étudiants incluaient dans leur prière muette les civils irakiens tués.

Un professeur dans l'école d'un autre de mes neveux est viré pour avoir revêtu un tee-shirt portant le signe de la paix. Et un ami de la famille dit avoir écouté la radio dans le sud et entendu l'animateur de l'émission à débats appeler au meurtre des personnalités de l'activisme anti-guerre. Des menaces de mort ont été retrouvées devant la porte d'autres célébrités ayant rejoint le front du refus. Des membres de notre famille ont reçu des courriels et des appels téléphoniques d'intimidation. Et mon fils de 13 ans, qui n'avait jamais fait de mal à personne, a été récemment tourmenté et humilié par un tordu sadique qui rédige, ou plutôt macule ses chroniques avec ses ongles boueux.

Suzan et moi avons été catalogués comme traîtres, acolytes de Saddam, et affublés de nombreux autres épithètes par les tabloïds australiens se prétendant appartenir à la presse d'actualité, et par leurs cousins, férus de justice et d'équité, diffusés sur Internet, la 19th century fox (rires). Je demande pardon à Gore Vidal (rires).

Il y a deux semaines de cela, l'United Way (2) a annulé la venue de Suzan à une conférence sur le leadership féminin. Et la semaine dernière, nous avons tous deux été avertis que ni nos personnes ni le premier amendement n'étions les bienvenus au Baseball Hall of Fame (panthéon du base-ball).

Un quinquagénaire célèbre du rock and roll m'a appelé la semaine dernière pour me remercier des propos que je tiens contre la guerre, puis m'a expliqué pourquoi lui-même ne pouvait parler publiquement dans ce sens de peur des représailles de Clear Channel (3). « Ils font la promotion de nos concerts » me dit-il « Ils sont propriétaires de la plupart des radios qui diffusent notre musique. Je ne peux pas critiquer ouvertement la guerre »

Et ici même à Washington, lors d'une conférence de presse, Helen Thomas (4) a été exilée au fond de la salle et ignorée après avoir demandé à Ari Fleischer (5) si le fait de montrer les prisonniers de guerre de Guantanamo à la télévision ne constituait pas une violation des conventions de Genève.

Un vent d'effroi souffle sur cette nation. Une consigne de la Maison Blanche et de ses alliés se propage dans les radios à débats, sur Clear Channel et dans Cooperstown. Si quelqu'un s'oppose à cette Administration, il peut s'exposer et s'exposera à des représailles.

Chaque jour,  les ondes grouillent de messages en forme d'avertissement, de menaces implicites ou explicites, d'invectives rageuses et de haine dirigés contre les voix dissidentes. Et le public reste muré dans son opposition silencieuse et sa peur, tout comme le sont famille et amis que j'ai rencontrés ce week end.

Je suis fatigué d'entendre à longueur de journée qu'Hollywood est contre la guerre. Les grosses pointures hollywoodiennes, les véritables agents du pouvoir et les vedettes de première de couverture sont restés majoritairement muets sur la question. Mais Hollywood, la légende, a toujours été une cible de choix.

Je me souviens des critiques du Président Clinton à l'encontre d'Hollywood pour avoir contribué à la tragédie de la fusillade de Columbine High School -- et ce, alors que nous déversions nos bombes sur le Kosovo. Est-il possible que les violences commises par nos dirigeants aient leur part de responsabilité dans les fantasmes destructeurs de nos adolescents ? Hollywood et le rock and roll sont-ils les seuls coupables ?

A l'époque, je me souviens avoir lu que l'un des meurtriers avait essayé de s'engager dans l'armée pour combattre sur un vrai champ de bataille une semaine seulement avant de déclencher sa propre guerre dans les couloirs du collège de Columbine. Sur le moment, j'en avais parlé à la presse. Et curieusement, personne ne m'a alors accusé d'anti-patriotisme pour avoir critiqué Clinton. Finalement, les radios patriotes qui nous jugent traîtres à la nation aujourd'hui sont celles qui lancèrent des attaques personnelles contre le président durant la guerre au Kosovo.

Les politiciens de renom qui dénoncèrent la violence au cinéma - les détracteurs d'Hollywood, si je peux les appeler ainsi - sont ceux qui, récemment, ont donné les pleins pouvoirs à notre président pour déchaîner des actes de brutalité bien réels dans la guerre en cours. Ils voudraient que nous cessions de produire des films de fictions violents mais approuvent la violence hors des salles de cinéma.

Et les mêmes personnes, tolérant ces actes de guerre, ne veulent pas voir la réalité des violences associées paraître dans les journaux télévisés nocturnes. Contrairement au reste du monde, la couverture médiatique de la guerre est édulcorée, sans la moindre trace de carnage ou des dégâts causés à nos soldats ou aux femmes et enfants en Irak. La violence comme concept, une abstraction - c'est vraiment étonnant.

Alors que nous applaudissons le réalisme cru de la scène de bataille ouvrant le film « Il faut sauver le soldat Ryan », nous nous recroquevillons à l'idée de voir de semblables images aux actualités du soir. Cela serait pornographique, nous dit on. Nous ne voulons pas une once de réalité s'immiscer dans notre vraie vie. Nous demandons à ce que la guerre soit minutieusement reproduite à l'écran, mais qu'elle reste imaginaire et conceptualisée dans notre quotidien.

Et qu'en est il de l'opposition politique dans l'antre de cette folie ? Où sont donc passés tous les Démocrates ? Les jours s'en vont, ils ne demeurent pas (applaudissements). Avec toutes mes excuses au Sénateur Robert Byrd, je dois avouer qu'il est plutôt embarrassant de vivre dans un pays ou un comédien d'un mètre cinquante cinq a plus de tripes que la plupart des politiciens (applaudissements). Nous avons besoin de leaders, pas de pragmatistes qui tremblent face aux zones d'influence d'anciens journalistes du divertissement. Nous avons besoins de leaders qui comprennent la constitution, de députés qui n'abandonnent pas dans un moment de panique leur pouvoir le plus important, le droit de déclarer la guerre au gouvernement. Et, par pitié, est ce que quelqu'un peut faire taire le choeur à l'unisson du Congrès ? (rires)

Dans une période ou l'ensemble des citoyens célèbrent la libération d'un pays par peur de perdre leur propre liberté, ou une administration officielle déclenche une campagne médiatique remettant en question le patriotisme d'un vétéran du Vietnam amputé d'une jambe et candidat à un poste de député au Congrès, ou des gens dans tout le pays ont peur des représailles s'ils usent de leur liberté d'expression, il est temps de se mettre en colère. Il est temps de se montrer virulent. Et il suffit d'un rien pour inverser la tendance. Mon neveu de 11 ans, cité précédemment, un gamin timide qui ne parle jamais en cours, s'est levé devant son professeur d'histoire mettant en doute le patriotisme de Suzan. « Vous parlez de ma tante. Arrêtez. » Et le professeur abasourdi de faire marche arrière et balbutier des compliments embarrassés.

Des rédacteurs sportifs dans tous les Etats-Unis ont réagi avec une telle incroyable furie au Hall of Fame que son président a du admettre qu'il avait fait une erreur, et la ligue majeure de base-ball a nié toute implication dans la décision prise par ce même président. Un petit tyran peut être stoppé, une foule également. Il suffit d'une seule personne courageuse dont la voix ne tremble pas.

Les journalistes de ce pays peuvent riposter aux attaques de ceux qui voudraient faire d'un second Patriot Act (« Provide Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism") notre nouvelle constitution. Si Hollywood devait en faire un film, il aurait comme titre « Patriot 2 ». Nous comptons sur vous pour jouer dans ce film. Les journalistes insisteraient sur le fait qu'ils ne veulent pas être les marionnettes de propagande de cette Administration (applaudissements). Le prochain correspondant désigné par Ari Fleischer pour prendre la parole lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche devrait passer le relais au fond de la salle, au journaliste "exilé du jour" * (applaudissements). Et chaque nouvelle tentative de menace à l'encontre de la liberté d'expression devrait être combattue. Toute acceptation de l'intimidation aujourd'hui ne fera qu'engendrer plus d'intimidation. Vous avez, que vous le vouliez ou non, une énorme responsabilité et un gigantesque pouvoir : l'avenir de notre droit à parler, gage de la santé de cette république, est entre vos mains, que vous soyez de droite ou de gauche. Le moment est venu de vous emparer de la destinée que vous avez choisi.

Nous vous confions la pérennité de notre démocratie et comptons sur vos plumes pour devenir plus forts ? Des millions de personnes regardent et attendent, saisis de frustration muette et d'espoir - espérant que quelqu'un va défendre le sens exact et l'esprit de notre constitution, va défier l'intimidation qui nous est adressé quotidiennement au nom de la sécurité nationale et de notions perverties de patriotisme.

Notre capacité à refuser, et notre droit inhérent à interroger nos dirigeants et à critiquer leurs actions définit qui nous sommes. Permettre que ces droits nous soient retirés devant le visage de la peur, punir des personnes pour leurs idées, limiter l'accès d'opinions divergentes aux médias d'actualité, c'est reconnaître la défaite de notre démocratie. Un défi est à relever aujourd'hui. Une vague de haine cherche à nous diviser - droite et gauche, partisans de la guerre et front du refus. Au nom de mon neveu de 11 ans et de toutes les victimes anonymes de cet environnement hostile et improductif de peur, essayons de trouver nos racines communes en tant que nation. Célébrons cette grandiose et glorieuse expérience qui a survécu pendant 227 années. Pour cela, nous devons honorer et défendre avec vigilance les choses qui nous unissent - comme la liberté, le premier amendement et, aussi, le base-ball.

* en français dans le texte

(1) pour la célébration du 15ème anniversaire du film "Bull durham", dans lequel jouent Tim Robbins et Suzan Sarandon, au hall of fame du baseball de Cooperstown.

(2) United way de Tampa Bay - United way of America est une organisation nationale regroupant 1400 entités locales - ce sont des centres communautaires de bénévoles.

(3) Groupe international de communication, d'affichage publicitaire et de médias.

(4) journaliste de la United Press International - octogénaire - « doyenne » des journalistes ·

(5) Porte Parole de la maison blanche.

Traduction. Laurent Vannini. Coorditrad, traducteurs bénévoles (*)

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Posté par Oneiros à 21:56 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    krankenversicherung

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    Posté par krankenversicher, 03 avril 2005 à 14:06

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