Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

08 juin 2004

Perspex Dome (3)

Elle avait pris sa décision un 4 juillet.
Aucun rapport avec la célébration de l'Indépendance américaine.... juste un jour comme les autres, entre un 3 et un 5.

Et ce fut le seul sens qu'elle donna à sa vie pendant une année et demi...

Un jeu.
C'était comme jouer à faire l'espionne ou à l'agent secret.
Jouer à la "Résistance" comme quand elle était petite avec son frère et ses voisins, qu'ils piquaient les bérets noirs de leurs pères pour distinguer les "résistants" des "nazis", se confectionnaient des pistolets et des mitraillettes avec deux bouts de bois et hantaient toutes les forêts alentours, les truffant de pièges subtils faits de sacs de bogues de châtaignes dissimulés dans les arbres, de collets plus qu'improbables, de "planques" faites avec des tonnes de fougères....

Le but du jeu était de ne pas se faire soupçonner. De ne jamais mettre en danger sa "couverture".

Se faire patiemment prescrire des somnifères, mois après mois sans éveiller la méfiance du médecin.
Elle poussait même la sophistication jusqu'à se présenter avec un petit sourire modeste, de temps à autre, et prétendre qu'elle se sentait assez forte pour pouvoir s'en passer. Puis elle laissait passer une ou deux semaines avant de revenir en consultation, tout sourire effacé, l'air contrit et désolé pour prétendre que "Non, décidemment, elle n'arrivait toujours pas à dormir"... et repartir avec l'inappréciable ordonnance en main.
C'était le moment de victoire silencieuse, de triomphe secret.
Se précipiter dans la pharmacie du quartier, récolter les précieuses boîtes, ressortir en dissimulant le sourire de jubilation, le sachet blanc au caducée vert se balançant au bout des doigts, rentrer et compléter le stock bien caché, son trésor de guerre, son sac de billes.

Pas à pas, un peu comme Steve McQueen dans "La grande évasion" de John Sturges, creusant son tunnel à la petite cuillère, vidant les fausses poches de son pantalon, emplies de la terre dégagée et qui l'aurait dénoncé s'il ne l'avait évacuée ainsi, par petits tas infimes, dans la cour du camp.
Ses petits tas infimes à elle, ils avaient des couleurs de dragées de baptême.
Sa petite cuillère, c'était la duplicité.
Ses fausses poches de pantalon, c'était le sourire hors de son donjon, la drôlerie au bureau, la convivialité avec la boulangère, la caissière, le facteur.

Quand la souffrance se faisait trop forte, la seule chose qui la soulageait de manière quasi instantanée était de se dire : "Calme-toi... calme-toi... tout va bien.... tu arrêtes cette comédie quand tu veux".
Paradoxe des paradoxes : pour ne pas partir tout de suite, elle se rassurait en se remémorant qu'elle partirait... plus tard.
Juste un peu plus tard.
Mais pas dans la panique, plus jamais dans la panique.
Partir dans le calme, la sérénité, en pleine conscience. Pas dans la douleur.

Et elle comptait les jours.
Et elle comptait les mois.
Comme tous les prisonniers de par le monde sur les murs de leurs cellules...

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Posté par Oneiros à 01:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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