16 juillet 2004
Mild und leise

Il y a un an, jour pour jour, heure pour heure, je renonçais à la seule souveraineté de ma nuit vivante.
J'avais rêvé l'impossible. Contre toute attente, je l'avais atteint, puis le possible à son tour est devenu impossible.
J'ai
renoncé à ma liberté plutôt que de prendre le risque de ne lui offrir
qu'une servitude, plutôt que de l'entraîner dans mes gouffres.
J'espérais malgré tout découvrir en moi une force me permettant de respirer dans l'absurde chagrin de vivre sans comprendre.
J'ai échoué.
Je n'ai trouvé que la torture de l'attente malgré tout, malgré moi.
Il
y a quatre mois, j'ai ouvert ce blog pour tenter d'échapper aux noyades
des drogues, des anti-douleurs, de l'alcool, des coma à répétition.
Je pensais que l'écriture pourrait peut-être me libérer de cette tumeur-là.
J'espérais que ce serait un moyen de vider ma tête et mon coeur de cette putréfaction vivante.
Là aussi, j'ai échoué.
Je n'ai jamais réussi à pénétrer le noyau de l'atome comme je l'avais espéré dans ma première note, le 15 avril dernier.
Je
n'ai fait que tourner autour, me consumer à sa périphérie, brûler le
peu qui subsistait de moi en restant dans l'ombre portée de
son irradiation, sans avoir le courage d'aller jusqu'au bout des mots,
sans avoir la lâcheté de porter le scalpel sur lui.
Il restera intact, inviolé, pur.
Il y a un an, je croyais savoir où j'allais.
Depuis sept jours, je ne sais même plus qui je suis.
"Vivre, c'est s'obstiner à achever un souvenir ?
Mourir, c'est devenir, mais nulle part, vivant ?"
Je n'en sais plus rien.
Je n'en sais plus rien si je l'ai même jamais su.
Je
croyais que l'écriture m'aiderait à me trouver et je me suis perdue
dans le dédale des impasses que j'ai moi-même construites.
Disloquée.
Démembrée.
Oneiros
Thanatos voulait rassembler ses fragments pour reconstruire le miroir
d'Orphée, pour retrouver son Eurydice, le fantôme de Kotinos.
Au
lieu de quoi, elle les a piétinés au point de n'en plus faire qu'une
myriade de petits éclats de verre, tapis coupant sur lequel, absurde,
elle danse, comme possédée.
L'écriture n'a pas eu le pouvoir de l'exorciste.
Le pouvoir du Verbe s'est évanoui.
Il
y a quatre mois, j'ouvrais ma première note avec ce tableau de Jean
Delville qui m'a toujours fascinée par la beauté crépusculaire de sa
lumière.
Je l'ouvrais aussi sur le seul point fixe de ma vie, la
seule ancre de mon existence, mon unique ambition, mon Credo :
Tristan et Iseult.
Ce Liebestod de Richard Wagner qui condense de la
façon la plus essentielle qui soit à la fois la beauté et la cruauté,
l'amour et la mort, l'éternité et le vide.
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Bande-son : Wagner - Tristan Und Isolde - Act 3 - Scene 3 (Isoldes Liebestod.)
Version originale
Mild und leise
wie er lächelt,
wie das Auge
hold er öffnet ---
seht ihr's Freunde ?
Seht ihr's nicht ?
Immer lichter
wie er leuchtet,
stern-umstrahlet
hoch sich hebt ?
Seht ihr's nicht ?
Wie das Herz ihm
mutig schwillt,
voll und hehr
im Busen ihm quillt?
Wie den Lippen,
wonnig mild,
süßer Atem
sanft entweht ---
Freunde ! Seht !
Fühlt und seht ihr's nicht ?
Hör ich nur
diese Weise,
die so wunder-
voll und leise,
Wonne klagend,
alles sagend,
mild versöhnend
aus ihm tönend,
in mich dringet,
auf sich schwinget,
hold erhallend
um mich klinget ?
Heller schallend,
mich umwallend,
sind es Wellen
sanfter Lüfte ?
Sind es Wogen
wonniger Düfte ?
Wie sie schwellen,
mich umrauschen,
soll ich atmen,
soll ich lauschen ?
Soll ich schlürfen,
untertauchen ?
Süß in Düften
mich verhauchen ?
In dem wogenden Schwall,
in dem tönenden Schall,
in des Welt-Atems
wehendem All ---
ertrinken,
versinken ---
unbewußt ---
höchste Lust !
Traduction française
(offerte par Thibaut... il n'y a pas de hasard)
Que son sourire est
doux et léger,
comme il ouvre les yeux :
le voyez-vous, amis ?
Ne le verriez-vous pas ?
Comme il brille
de plus en plus radieux,
de plus en plus puissant,
environné d'étoiles,
ne le verriez-vous pas ?
Comme son coeur se gonfle
vaillamment, et plein et sublime
bat dans sa poitrine !
Comme de ses lèvres
une douce haleine,
délicieuse, suave,
s'échappe doucement :
amis, voyez !
ne le voyez-vous pas ?
ne le sentez-vous pas ?
Suis-je seule
à entendre cette mélodie
qui, si légère,
si merveilleuse,
soupirant de bonheur,
disant tout avec douceur,
douce et conciliante,
s'échappe de lui,
prend son élan,
me pénètre
et de son timbre gracieux
résonne autour de moi ?
Ces voix plus claires
qui m'environnent,
sont-ce les ondes
de brises suaves ?
Sont-ce des flots
de parfums délicieux ?
Comme ils se gonflent,
comme ils m'enivrent,
dois-je respirer ?
dois-je regarder ?
Dois-je savourer,
m'y plonger,
doucement,
dans ce parfum
m'évaporer ?
Dans la masse des vagues,
dans le tonnerre des bruits,
dans le Tout respirant
par l'haleine du monde,
me noyer,
m'engloutir,
perdre conscience,
volupté suprême !
Ça n'est pas ici que je trouverai cet apaisement. Je le sais. Je le sens.
Depuis peu, mais j'en suis certaine.
Et René Char l'a dit avant moi : "On ne peut se retirer de la vie des autres et s'y laisser soi."
13 juillet 2004
Retour en l'Île de l'Etoile
A me remémorer la rencontre et ses lieux, j'ai eu envie d'en arpenter de nouveau les chemins oubliés.
Je viens donc de déguster ma madeleine au cyanure.... et j'ai bien ri, ma foi !
Retour sur une période joyeuse, une exultation quotidienne qui a duré des mois.
J'ai relu les posts du forum sur lequel nous sévissions de concert.
Quel labyrinthe en fait !
Trois niveaux de lecture au moins :
Ce que j'appelerai la "tête de gondole", c'est-à-dire les premières pages du forum où notre belle bande de vandales tolkiendili, membres de la secte des abysses et affidés joyeux des forces ténébreuses quoique cultivées, massacraient dans la jubilation la plus totale les hordes pré-pubères adeptes avilies du langage SMS, de la syntaxe approximative, de LegoBloom la fadasse et du culte du moindre effort réunis.... bref, la chasse aux cons décérébrés dans toute sa splendeur.
Il faut bien dire que nous étions d'une férocité sans égale ! Pas de quartier pour les mous du bulbe rachidien ! Nous n'avions guère le choix de toutes façons : notre dramatique infériorité numérique nous interdisait le moindre apitoiement. Alors quitte à succomber sous le nombre, autant le faire avec panache et dans un baroud d'honneur mémorable.
Anglachel, Mormegil la Noire, Gurthang la Maudite, nos hordes de dragons emmenées par Ancalagon et Glaurung.... tout était bon pour, en comparaison, faire du récit du massacre des Troyens par Achille (chant XX de l'Iliade d'Homère) une aimable partie de plaisir au pays de Candy la couillonne et des Teletubbies.
De vrais sauvages. Outrageusement cultivés et en jouant avec un sadisme certain aux dépens du troupeau de lemmings jacksonolâtres autant que M6esques voire Loftstoriens, mais des sauvages quand même !
Quelle belle bande nous faisions, tous !
Un niveau en-dessous, le fond de forum où seule la dite secte des Anciens, des créateurs et des premiers occupants du dit-site, se retrouvait afin de souffler un peu entre deux exécutions capitales par décapitation façon Judith et Holopherne pour les classiques, ou Kill Bill pour les plus modernes, de la énième Arwen1875 ou du dernier Frodon666...
Là, nous nous ébattions joyeusement dans les ruisseaux de sang que nous avions fait couler à l'étage au-dessus. Humour au 15ème degré, réparties qui tuent, références nervaliennes, catulliennes ou lautréamontesques... tout était bon pour se laver l'esprit du niveau zéro des piètres cibles même pas émouvantes qui nous les brisaient menu façon Tontons Flingueurs... un régal ! A relire nos échanges d'alors, je m'esclaffais comme au temps où nous les écrivions.
Et le troisième niveau : le nôtre ! Nous deux contre le monde entier.
Les mails en parallèle que l'on s'envoyait (il m'a suffit de sortir les archives d'Outlook et de faire coïncider les dates et les heures) et où nous nous gaussions seuls des deux batailles, l'émergée et la souterraine... et nos intuitions simultanées, et nos fous-rires aimantés par cette complicité unique, et ce mélange au parfum grisant de tendresse, de connivence, d'admiration bluffée, de guerilla sans reproche, juste pour la lucidité, de partage parfait et indestructible, inaliénable...
Moments parfaits.
Union parfaite.
Double amande jointe et close en ce noyau qu'est l'amour-agapè.
Je veux m'endormir sur ce rire éveillé.
12 juillet 2004
Cérémonie d'ouverture
Comme promis, je déclare ouvert le premier Festival mondial de Kotinos...
Cinq jours de festivités.
Cinq jours de chorégies.
Pas un de moins, pas un de plus.
Pas de roulement de tambours. Ça fait trop militaire.
Pas de flashs et de haies de paparrazzi. On a toujours préféré l'ombre et les ténèbres à la lumière.
Pas de tapis rouge. Ou alors rouge sang.
Pas de marches. Hormis celle de Cirith Ungol.
... Ou comment tenter pitoyablement de faire de l'humour alors que je ressens une forme d'intimidation, de trac.
Non pas que ça me gêne de parler de toi mais c'est qu'il y a trop à dire, que je ne sais par où commencer : quel est le plus important, est-ce qu'il est important de trouver le plus important, est-ce que j'aurai le temps de dire l'important ?
Bizarrement, c'est la nuit que me viennent les phrases essentielles. Les idées clés, charnières.
Etrangement aussi, le hasard du calendrier fait qu'on fête les Kotinos aujourd'hui-même. C'est peut-être un signe ?
Je ne suis pourtant pas superstitieuse ni particulièrement attentive aux coïncidences. Hormis peut-être en ce qui concerne les étoiles, filantes ou non.
C'est plus un jeu qu'autre chose.
Comme celui qui me fait préférer la cosmogonie mythologique grecque aux monothéismes âpres et sans indulgence qui mettent le monde à feu et à sang.
Le fait de préférer dire "Nom de Zeus" plutôt que "Nom de Dieu" (ou "Nom d'un chat" plutôt que "Nom d'un chien") n'est qu'une plaisanterie, une coquetterie littéraire.
Je pourrais tout aussi bien dire "Nom d'Eru Iluvatar" si je m'en tenais à notre Tolkien...
Pourtant je ne me souviens n'avoir fait qu'une seule prière fervente, réellement fervente, de toute ma vie d'agnostique.
C'était face à une Athena Glaukopis, dans un musée. Regarder cette face de marbre austère et guerrière et, silencieusement, l'adjurer de toute mon âme.
"Je te le confie, ô déesse ! Protège-le de tout et de tous, à jamais ! Exauce ses voeux, les moindres de ses voeux ! Guide-le ! Evite-lui les pierres acérées de ce chemin au bord de l'abîme ! Fais-le pour moi, Athena ! Prend-le sous ta garde à ma place, en mon absence !"
Plonger un regard suppliant sur ses orbites étrangement fixes qu'ont les statuaires antiques, s'y perdre, questionner l'opacité de la pierre muette, attendre une réponse.
Tout à l'heure, je parlerai de toi.
Là, je vais juste rêver et remonter le temps pour retrouver le fil d'Ariane qui me conduira vers ton rivage.
10 juillet 2004
A Poison Tree

J'aime les nuits silencieuses.
J'aime ces nuits d'été en ville, de la mi-juillet à la mi-août, lorsque les fourmis sont parties se presser en rangs serrés qui sur des plages, qui dans des bars, qui dans des fêtes.
L'immeuble est vide. Pas un son.
Des rues muettes ne me proviennent plus ces bruits de circulation qui empoisonnent le vide et la musique du vide.
Je me réapproprie un espace et un monde sous une forme étrangère, une forme inhumaine, là où l'humain n'est plus.
La poésie sonne mieux dans ce silence apaisé, dans l'odeur des arbres mouillés par l'averse.
Demain, je refermerai les baies vitrées, je descendrai mes volets afin d'obtenir cette lumière dorée par les canisses qui lambrissent les balustrades. Cette lumière et rien d'autre. Pas de ciel, pas d'immeubles, pas de nuages, pas de feuilles. Juste la lumière comme autant de lances satinées d'ambre, crevant par-ci par-là l'ombre douce de leur jet oblique.
Au coeur, j'ai pourtant la blessure infime d'un oubli. Oh ! Trois fois rien ! Juste une promesse non tenue. Un mot absent. Une inconséquence de plus. Une de trop.
Petite douleur pour petite blessure de petite mémoire.
Juste le rappel pas vraiment nécessaire de ce qu'on sait déjà tous au fond de nous, quoiqu'on veuille bien nous dire.
Non, personne n'est indispensable.
Je relis William Blake. J'ai hésité longuement à mettre un de ses tableaux mais leur inspiration torturée et flamboyante ne collait pas avec la douceur tendre et l'immobilité de ma nuit.
A Poison Tree
I was angry with my friend :
I told my wrath, my wrath did end.
I was angry with my foe;
I told it not, my wrath did grow.And I water'd it in fears,
Night & morning with my tears ;
And I sunned it with my smiles
And with soft deceitful wiles.And it grew both day and night,
Till it bore an apple bright ;
And my foe beheld it shine,
And he knew that it was mine,And into my garden stole
When the night had veil'd the pole :
In the morning glad I see
My foe outstretch'd beneath the tree.
Et le plaisir infini de la satisfaction à n'avoir jamais ressenti chose semblable à ton égard, mon âme.
Toi, tu ne m'as jamais déçue.
S'il n'y avait sur terre que nous, mon amour, nous serions sans complices et sans alliés.
Avant-coureurs candides ou survivants hébétés.
Merci d'être, sans jamais te casser, sans jamais décliner, sans jamais t'altérer.
09 juillet 2004
Une veuve de papier
C'est le titre d'un livre de John Irving.
Et je me dis que je suis une veuve de mots, une veuve de verbe.
La vestale gardienne de montagnes de mails archivés, de lettres pieusement conservées.
Je vais tout relire ce week-end. Il faudra bien deux jours.
Et la semaine prochaine, emplie d'une mémoire qui n'a nul besoin d'être revivifiée, j'ouvrirai le seul et unique premier et dernier Festival mondial de Kotinos.
Il n'y aura pas de montées des marches, pas de paillettes, pas de flashs.
Il y aura juste toi.
Je n'écrirai que sur toi.
Ces cinq journées-là, elles te seront entièrement consacrées.
Pas une note qui ne parle de toi, entre les lignes ou pas.
Pas une note qui ne soit pas emplie de ce que je sais de toi.
Ces cinq journées-là, tu vas revivre ici. Dans mes mots.
Ces cinq journées-là, je ressusciterai l'ineffable et la magie.
En attendant, je m'offrirai de la danse, des étoiles et les vers du poète.
Je prend mon élan, je prend mon essor.
En attendant...
08 juillet 2004
Vol de nuit
Il dort comme une bûche.
A tel point qu'on pourrait croire qu'il est mort. D'une immobilité, d'une rigidité de gisant.
C'est à peine si on le voit respirer.
Ça m'avait frappée les premières nuits que l'on avait passés côte-à-côte.
Je dis bien côte-à-côte... c'était du camping sauvage dans l'appartement "Antre des ténèbres" d'une Maïa obscure, amie commune, nous étions quatre à sombrer sur des matelas épars dans son minuscule séjour parisien et on s'était vus pour la première fois la veille... pas franchement les conditions idéales pour rencontrer l'amour de sa vie...
Evidemment, je n'arrivais pas à dormir.
Trop occupée à le regarder dormir, lui. Des heures à l'observer entre mes cils, store mouvant qui en rendait la vision floue.
Entre mes cils parce que je craignais à chaque minute que ses paupières ne se soulèvent à l'impromptu et qu'il découvre mon espionnage indiscret.
Des heures à suivre ces contours, ces méplats, l'architecture d'un visage, le grain d'une peau, les frémissements inconscients d'un muscle.
Je l'ingérais, je l'apprivoisais, je l'imprimais.
Déjà, je ne m'étonnais même plus de trouver beau ce qui ne l'était pas, de voir de la grâce là où n'était que gaucherie, de trouver exceptionnel ce qui n'était qu'ordinaire et sans attraits.
Transfiguration sans défiguration.
Cette nuit, je t'ai regardé dormir pendant des heures. Toute la nuit jusqu'à l'aube.
Tu dors tellement profondément que mon arrivée dans ton appartement ne pouvait te tirer du sommeil et c'était parfait ainsi.
Je me suis posée sur le bord de ton lit, perchée le plus légèrement possible à tes côtés.
Tu étais à plat-ventre, les bras bien collés le long de ton corps, bouche close.
Je suis restée là des heures, sans un bruit, sans un geste.
Je n'ai même pas été regarder ailleurs, ni la vue de ta fenêtre, ni les titres de ta bibliothèque, ni le contenu de ton frigo...
Juste toi, alangui, joue tiède, souffle presque imperceptible.
Confiant. Comme si tu savais que je veillais sur ton sommeil.
Aux premières lueurs du jour, j'ai redéployé mes ailes, je suis allée me poser sur l'appui de ta fenêtre, j'ai regardé ta nuque une dernière fois et me suis envolée par-dessus la cathédrale, par-dessus le lac, par-dessus les vallées, direction le Sud.
Quand je me suis réveillée, je dormais à plat-ventre et bras en croix.
En fait, je volais encore.

David J. Nightingale © 2003-04 (all rights reserved)
06 juillet 2004
Aspegic 1000, ma béquille
Et allez !
Migraine au réveil... elle commence bien la journée !
Nuit d'orage sur les Pyrénées. Impossible de dormir. Lancer "The Shawshank redemption" à 4 heures du mat. Constater une fois de plus qu'il est possible de faire une adaptation cinématographique qui soit encore meilleure que le roman dont elle est issue (à condition de ne pas s'appeler Peter Jackson, bien sûr !), que Tim Robbins est un acteur fabuleux (Morgan Freeman aussi, soyons juste), envier à mort le personnage d'Andy qui ne vit que sur l'espoir...
L'espoir.... pourquoi est-ce que ce peut être à la fois la seule façon de survivre pour certains et la pire des saloperies pour d'autres .
Je n'ai aucune affinité avec Comte-Sponville mais j'ai parfois des points d'accord fugaces avec sa vision des choses sur ce plan bien précis.
L'espoir, ou comment attendre de vivre sa vie au lieu de la vivre.
L'espoir. Attendre. Mais attendre quoi ?
Qu'est-ce qu'on fait quand on n'a rien ni plus personne à attendre ?
Vivre désespéré, c'est à dire, au sens étymologique du terme, vivre sans attendre. Ça a l'air bien sur le papier, ce plan ! Sauf que c'est impossible à vivre, nom de Zeus !
Vivre sans attendre quoique ce soit, c'est une utopie qui vaut l'espoir dans son infaisabilité.
Quand il ne reste rien que des ruines de votre vie brûlée, ne restent que la vieillesse et la mort en point de mire.
Je n'ai pas envie d'attendre pour ça, cette déchéance programmée. Ni le courage probablement. Encore moins la sérénité.
Probablement parce que les malles-cabines de mes espérances n'étaient remplies que d'extrêmes, de fulgurances, de "trop de tout" et de "jamais assez".
Quel gâchis ! Toutes ces possiblités inemployées, toute la passion du monde en vase clos qui s'évente dans le vide hermétique d'un flacon à la dérive.
Les seuls accès de "rage" qui perdurent par brèves crises vaines. Aussi vaines que tout le reste.
J'aurais pu le rendre éternel par la seule grâce de cette force-là, invincible.
J'aurais pu et j'aurais du.
J'ai échoué.
Aspegic 1000.
Ça va calmer la tempête sous le crâne. Pas le crabe qui sommeille et guette, mon tueur sous contrat.
Pas la morsure du silence.
26 juin 2004
La nuit introuvable

"Je n'entrerai pas dans votre coeur pour limiter sa mémoire.
Je ne retiendrai pas votre bouche pour l'empêcher de s'entrouvrir sur le bleu de l'air et la soif de partir.
Je veux être pour vous la liberté et le vent de la vie qui passe le seuil de toujours avant que la nuit ne devienne introuvable."
Ma nuit est perdue quelque part dans un labyrinthe dont je n'ai même plus envie de retrouver le fil.
Attraction de l'abîme.
Plaisir malsain de la destruction.
Comme dans la rue. Spirale du "Je suis rien". Automutilation qui dément, qui nie, qui efface.
Eraser.
Les chiens, les cartons, les baignoires où l'on dort. Les poubelles ventre à l'air. Le non-regard des autres.
Ricanement de mon pantin de mémoire.
Comme une boucle qui se referme.
Comme ma bouche que je clos, têtue. Tête en l'air. Tête en enfer. Décapitée.
Le moineau mort de Lesbia.
Le poème 51 de Gaius Catullus, pulvérisé.
Mon monde est rond.
J'ai fait le tour.
Fin de voyage.
24 juin 2004
Les roses de mon père...

Mon père qui blague sur le fait de ne plus entendre certains sons ou de devoir parfois chercher ses mots une demi-seconde de plus que la veille. Qui blague alors que je sais que c'est pour lui l'angoisse ultime, pour quelqu'un d'aussi intellectuel, d'aussi spirituel : la dégénérescence mentale de l'âge.
23 juin 2004
Ton ciel, mon âme

J'ai remis "Bliss".
A fond.
C'est là que je bénis l'intuition qui m'a fait prendre de bons baffles pour l'ordi avec caisson de basse et tout le toutim... même plus besoin de sortir de la chambre. Plus la peine d'allumer la chaîne Dolby Surround 5 enceintes qui trône désormais inutile dans ce séjour sublime que je ne fréquente même plus. Si, si... sublime... vaste, tapis noirs chinois sur carrelage saumoné, murs crème, voilages de lin, calligraphies de Massoudy cerclées de noir, vaste cheminée, meubles exotiques mélangés à du basque ancien et patiné, plantes exubérantes à plus savoir où user de la machette, des livres, des bougies, des livres, des bougies, des livres, des bougies.... Quand j'y rentre pour faire le ménage (bien obligée), j'ai parfois un pincement au coeur. Je n'y vais plus. Je reste dans ma chambre.
Tiens ! Un de ces quatre, pour rire ou si je suis ronde, je ferai des photos ! Et je rangerai même pas avant ! C'est ça qui est drôle...
Mais je sais indistinctement pourquoi j'ai autant de mal à me réapproprier cet espace-là. Il est resté figé sur cette fin d'année où tu occupais mon nid offert.
Je n'ai jamais pu me résoudre à nettoyer la cheminée du dernier feu qu'on y a fait flamber parce que je te vois encore lire dans mon fauteuil juste à côté, cette espèce de grande chose oblongue autant qu'indonésienne, en rotin sombre, pivotant et enveloppant.
L'immense loveuse drapée de sarongs noir et crème, elle m'est devenue infréquentable depuis qu'on y a écouté l'intégralité de la Khovantchina, serrés l'un contre l'autre à la lueur du feu de cèdre.
Les plats remplis de bougies monstrueuses et de galets du gave, je ne les allume plus parce que je me souviens de ton regard affolé à l'idée que ce truc allait prendre feu sans prévenir ou couler sur la table à opium.... tu es tellement ridiculement inquiet de tout, mon amour ! Et ça me fait tellement rire ! Et j'ai tellement de mal à juguler mon hilarité devant tes inquiétudes pour un rien, moi qui me lance dans n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment, avec ou sans élastique... surtout sans.
Et je les aime tellement tes inquiétudes, tes couardises, tes craintes, tes phobies.
Pourtant, la chambre ne devrait pas provoquer moins de résurgences auditives, visuelles ou olfactives.
A croire qu'il fallait à toute force que je réinvestisse un lieu et te laisse toute la place dans d'autres. C'est ce que j'ai fait.
Je n'irai plus jamais à Hossegor.
Je n'irai plus jamais au Guggenheim.
Je sais où je vais maintenant.
Je viens une fois de plus de regarder quel était ton ciel sur la webcam Lausanne, Grand-Pont/Cathédrale/Cité...
Pas 10 minutes sans que j'aille vérifier ce qu'il y a au-dessus de ta tête.
Le ciel y est déchiré entre des nuages orageux et une luminosité blafarde qui gifle les deux tours.
Les Deux Tours ! Quand je pense aux moments de jubilation ironique à visionner ce "machin" sur le PC, en V.O, toi dans mon fauteuil, moi, perchée sur le bureau, à repérer toutes les hérésies jacksoniennes, à défaillir de dégoût devant les nonsens, à rire aux larmes devant les contresens que seuls deux tolkiendili pouvaient repérer...
Mon Annatar, mon Lugburz, ma Tour Sombre, ta destruction est peut-être inscrite dans la cosmogonie de Tolkien et par la grâce de la Valacirca qu'Elbereth a lancé dans le ciel du Nord.... elle ne le sera jamais pour moi et encore moins par moi, quitte à y laisser ma triste peau inutile. Moindre perte en regard du but à atteindre. Le désir vaut le but quand le but est enfoui en nous.
Ton ciel est inquiétant, mon âme.
Triste. Lugubre, même.
Si je pouvais souffler, tel Eole, et chasser ces horribles nuages...
Non. En fait, je sais bien que tu aimes cette impression de fin du monde que donne l'orage qui gonfle et s'amplifie avant l'explosion. Je ne ferai rien. Comme d'habitude.
Juste espérer que ton ciel te rend heureux.
Et j'étais censée parler de tout autre chose, non ?
Tout me ramène à toi. Centrifugeuse de l'âme et hasard des digressions.
Je vais mettre "Bliss" encore plus fort.


