26 juin 2004
La nuit introuvable

"Je n'entrerai pas dans votre coeur pour limiter sa mémoire.
Je ne retiendrai pas votre bouche pour l'empêcher de s'entrouvrir sur le bleu de l'air et la soif de partir.
Je veux être pour vous la liberté et le vent de la vie qui passe le seuil de toujours avant que la nuit ne devienne introuvable."
Ma nuit est perdue quelque part dans un labyrinthe dont je n'ai même plus envie de retrouver le fil.
Attraction de l'abîme.
Plaisir malsain de la destruction.
Comme dans la rue. Spirale du "Je suis rien". Automutilation qui dément, qui nie, qui efface.
Eraser.
Les chiens, les cartons, les baignoires où l'on dort. Les poubelles ventre à l'air. Le non-regard des autres.
Ricanement de mon pantin de mémoire.
Comme une boucle qui se referme.
Comme ma bouche que je clos, têtue. Tête en l'air. Tête en enfer. Décapitée.
Le moineau mort de Lesbia.
Le poème 51 de Gaius Catullus, pulvérisé.
Mon monde est rond.
J'ai fait le tour.
Fin de voyage.
Ne pas se tuer, se détruire...
C'était le titre d'une note sur le blog de quelqu'un qui a disparu de la circulation et que j'aimais énormément.
Son blog, c'était Heliocoeur.
C'était violent, âpre, intègre, sans concessions, sans mièvrerie... effrayant aussi... mais pas plus que moi.
Il me manque. Vraiment.
Quand j'avais lu cette note, j'avais été partagée entre le fou-rire nerveux, l'attraction morbide et une tristesse tellement profonde que j'avais l'impression de sentir mon coeur se déliter en lambeaux, en charpie, en bouillie informe et sanguinolente.
Il y avait à la fois tant de distance et aucune, là-dedans.
Ça donnait ça :
Ne pas se tuer, se détruire
J'ai trouvé un nouveau jeu...un sucre, une cuillére, une bouteille d'absynthe, de ricard ou alors si y'a rien d'autre de Vodka. On pose un valium sur le sucre, on en trouve partout des Valium, suffit de savoir chez qui chercher...où alors, on peut prendre un xanax à la place du Valium...bref, on va pas chipoter là dessus...
On pose le Valium sur le sucre qui lui même est posé sur la cuillére. On verse ladite boisson avec douceur et volupté. Sensuellement, avec amour... Puis, une fois 1/3 du volume versé, on craque une allumette et on fait flamber le sucre et le valium enssemble, dans une petite flambée d'alcool. Puis, on laisse goutte à goutte tomber dans le fond du verre cette petite mixture.
Il se peu que l'alcool du verre flambe. Ne pas paniquer et en profiter pour avaler cul sec la mixture. Un, deux, trois verres ainsi et l'on se détruit sans se tuer. Plus de problémes, plus de corps, plus d'âme...rien que des sensations...
J'ai pas de Valium ou autres Treets de la morkitu© même pas, sous la main (tricarde pour ce qui est du corps médical qui m'a marquée au fer rouge ou de la marque des lépreux), faudrait que je reparte dans la complication des commandes Mexican and offshore Pharmacies, leurs tarifs prohibitifs... bref, la galère de l'année dernière, de l'été où Bertrand a explosé en plein vol et où j'ai fait pareil... même plus la force.
Ça marcherait avec de la mort aux rats ou du tue-fourmis ?
Heliocoeur, tu me manques.
Plongée sans oxygène
Il y a des matins, comme ça, où il faudrait pouvoir sortir un joker, faire l'impasse, effacer l'ardoise et sauter à la journée suivante directement.
Ces matins-là, on les sent dès le réveil.
Quand le fait même d'ouvrir les yeux ou de reprendre conscience après le naufrage de la nuit est déjà angoissant, que la gorge se fait granit, qu'on pourrait compter les moindres fibres des moindres muscles de son cou tendu à rompre.
Quand on sait qu'aujourd'hui sera, comme hier et comme demain, l'interminable litanie de minutes qui s'égrènent sans but, sans destination, dans le vide sidéral du silence.
Rien. Il n'y a plus rien.
Juste le vide et l'inutile. Le non-sens.
Attendre était la seule chose qui emplissait mécaniquement mes poumons d'air.
Je n'ai même plus l'excuse de l'attente.
25 juin 2004
Le Bolero et moi

Bizarre comme les seules parades essentielles que je trouve sont soit la poésie (de Char préférentiellement ou vitalement), la musique ou la danse.
Ce soir, pour ne pas me noyer tout de suite, trop tôt, avant que je ne l'ai décidé au calme d'un certain stoïcisme, ce sont les 14 minutes 48 du Bolero de Ravel qui m'ont sauvé la mise.
Le Boléro et moi.... une histoire d'amour fou, encore une fois.
Je devrais peut-être dire Béjart et moi, parce qu'en fait, la première chorégraphie dont je me souvienne, enfant, c'était déjà lui, "Messe pour un temps présent".
C'était difficile, peu y parvenait. Et déjà, je savais que j'avais ça dans le sang.
Ils me haissaient pour ça. Cette facilité incroyable que je possédais. Sans même le vouloir. c'était juste là, dans mes gênes, dans mes pores, dans mes muscles, dans mon âme. Et déjà, je n'arrivais pas à m'en foutre. Leur haine, leur envie, elle était étrangère à ce qui faisait l'essence de mon existence.
Tout était facile, évident. Aucun mérite. C'était là. Point.
Je prends. J'ai pris.
Et puis le Boléro, beaucoup plus tard.
La jouissance indicible à danser cette oeuvre, à être choisie pour la danser, c'est quelque chose que les mots ne pourront jamais traduire parfaitement.
Sensualité totale, animalité totale, dignité totale, travail total, fierté totale, rigueur totale, amour infini.
C'est ça, le Boléro.
La chorégraphie de Béjart en est le climax le plus parfait, indépassable.
Je me souviens de l'ivresse à danser sur l'estrade ronde, avec le battement du choeur des danseurs tout autour, cette fusion entre eux et moi, plus qu'une fusion, quelque chose d'indicible tant c'était charnel et spirituel à la fois. Cette envie de pleurer qui ne vient qu'à la fin alors qu'on l'a sentie murir et gonfler comme une bulle d'épice prête à exploser, en soi, pour soi et pour les autres et sur les autres. Et cette pudeur à n'en rien faire, surtout. S'enfermer dans la loge le plus longtemps possible, éviter les agapes auto-congratulations d'après spectacle même si on les aime tous à la folie, la troupe, les frères.
Ne pas normaliser quelque chose d'anormal. Quelque chose de l'ordre du divin.
Le don.
Donner.
Je revois Jorge Donn sulfureux, incandescent, grec à en mourir.
Je revois ma Guillem adorée, coulée de lave rousse, frisson d'éternité qui vole au-dessus de nos âmes empourprées par les spirales infernales de Ravel.
J'ai le regret de cet instant-là chevillé au coeur.
Je ne peux plus le danser comme avant.
Mes muscles ont fini de m'obéir comme au beau temps de cette discipline de fer. Je ne peux qu'essayer de me remémorrer des images, des sensations. Elles n'ont pas la vigueur du mouvement, de l'effort, du geste, de la contraction parfaite, de la ligne idéale que l'on donne à ce corps qui nous est donné, offert, et dont on use comme on peut et comme on veut sans réaliser qu'un jour, il nous trahira inéluctablement.
Mélancolie de la peau ferme et lisse, du muscle parfait et travaillé à coup de 6 heures par jour.
Mélancolie de cette insouciance qui nous faisait considérer comme éternelles la beauté et la perfection de nos corps sculptés par la danse, le travail, l'effort, la souffrance, la sueur, le plaisir aussi.
Nostalgie d'un temps où les apparences ne nous sautaient pas au visage comme autant de grelots de lépreux.
Ne reste plus que l'âme.
Ne reste plus que ce qui est essentiel à un danseur s'il veut être unique et intègre. Pur.
Ce que Guillem disait et que j'ai reproduit ici dans une note de mai, je crois... : "La perfection technique est insuffisante. Elle est orpheline sans l'âme véritable du danseur."
Et bien sûr.... Béjart est allé s'installer à Lausanne...
Il n'y a pas de hasard.
Ravel - Le Boléro
24 juin 2004
Tueurs de femmes
Ce soir sur Arte, un reportage sur une horreur, une de plus, qui dure depuis des années en toute impunité et n'a pas l'air de s'inscrire dans l'Axe du Mal pour Mr. Bretzel....
C'est à 22h40 et ça s'appelle "Les meurtres de la Ciudad Juarez".
Je suis allée rechercher un article déjà très complet et parfaitement terrifiant sur le même sujet dans le Diplo d'Août 2003... comme quoi, ça risque pas encore de bouger....
C'est là : Tueurs de femmes à Ciudad Juárez
A part ça, avant, si ça peut faire "produit d'appel" pour certains, vous avez les Valseuses de Blier.... le tout, c'est de ne pas zapper après....
Je ferai vraiment n'importe quoi pour la jouer "Rien n'est sérieux mais tout est grave", ce soir...
C'est très mal parti, là...
Grosses bêtises qui s'annoncent.
"Ces incessantes et phosphorescentes traînées de la mort sur soi que nous lisons dans les yeux de ceux qui nous aiment sans désirer les leur dissimuler"... et pourtant je ne fais que ça, dissimuler, et j'étouffe. Plus d'air. Poumons carbonisés.
Comment n'y avais-je pas pensé ?
... m'enfin ? Il suffisait d'aller faire un tour chez Didier Kala et Brave Patrie !
Vous en voulez du billet effet "Eléphants roses" ? Suffit de demander...
Nicolas Sarkozy à l'assaut des mauvaises manières
Didier Kala
vendredi 7 mai 2004
A l'initiative de Nicolas Sarkozy, le gouvernement a promulgué ce mercredi un décret qui devrait enfin remédier aux carences éducatives dont semble souffrir une proportion croissante de Bravepatriotes. Un protocole très strict régira désormais les apparitions publiques du ministre d'Etat, et des peines graduées seront appliquées aux contrevenants.Le vase a débordé en fin de semaine dernière lors d'une visite à Soissons du ministre de l'Economie, des Finances et du Coup de Matraque Fiscal. Alors qu'il inspectait la perception des impôts de la sous-préfecture de l'Aisne, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois été violemment pris à partie par la foule. Se croyant caché derrière l'épaule de sa mère, un individu âgé de six mois a en effet tiré la langue au ministre, qui l'a d'abord poliment enjoint à présenter ses excuses : "Fais gaffe, fais bien gaffe à toi, j't'ai vu.".
Las - loin de faire amende honorable, le sauvageon a ajouté l'insulte à l'injure en faisant un petit renvoi de Blédina. Il n'en fallait pas plus à un homme exténué par une dévotion intégrale à l'Etat pour exprimer son juste courroux et s'emparer d'un flashball avant de tirer quatorze balles de caoutchouc dans le visage du délinquant.Face à de tels accès d'incivisme, dont est fréquemment l'objet Nicolas Sarkozy, le gouvernement a décidé d'enfin frapper du poing sur la table, ou plutôt de "rentrer les volets et de faire un looping", pour employer la terminologie adoptée par Jean-Pierre Raffarin.
Un décret publié cette semaine propose en effet d'encadrer de règles strictes les apparitions publiques du chef de cabine, en respectant un protocole détaillé.
Pour le pilote gouvernemental, "il ne s'agit que d'un code de conduite empreint de bon sens et de savoir-vivre. C'est la même chose que de ne pas aller aux toilettes en phase d'atterrissage - c'est tout bête, mais les gens ont malheureusement besoin qu'on le leur répète, sinon ils salissent tout."Afin d'éviter toute contraction intempestive des doigts ou du coude, les Français seront par exemple invités à garder les mains dans leurs poches lors du passage du cortège ministériel ou lors d'une intervention du ministre lui-même. Ils auront toutefois le droit de les en sortir lorsqu'il sera de bon ton d'applaudir l'un de ses bons mots ou une mignardise fiscale.
On reconnaîtra aisément dans ces recommandations le principe de prévention dans lequel l'ancien ministre de l'Intérieur a toujours tenu à inscrire son action.
Les contrevenants seront cependant punis, avec sévérité, certes, mais toujours avec justice. Et quoi de plus juste dans la période troublée que nous vivons que de réhabiliter en guise de repère moral l'inaltérable base de nos valeurs chrétiennes éternelles, c'est à dire la loi du Talion ?
Les inconscients qui s'entêteront à manquer de respect à cet homme sensible se verront ainsi punis par là où ils ont pêché. Qu'on ose faire un doigt à M. Sarkozy, et celui-ci sera coupé. (Le doigt, bien entendu, pas M. Sarkozy). Un bras d'honneur ? Ce sera le bras, etc.Voilà qui devrait rapidement dissuader les bravaches jeunistes rebelles à toute autorité d'assaillir de gestes obscènes l'homme qui œuvre jour et nuit à redresser la France et surtout, Dieu nous garde, de lui montrer leurs fesses.
Post-scriptum : Ce décret a été mis en application ce matin, à Clermont-Ferrand. Gageons qu'un intermittent du spectacle trouvera moins facile de faire des bras d'honneur à M. Sarkozy maintenant qu'il ressemble à la Vénus de Milo, muwhahahahaha !
Source : Nicolas Sarkozy à l'assaut des mauvaises manières
Bon... ce n'est pas normal du tout... il fait gris sombre, je suis levée depuis 3 heures après une nuit sans sommeil et je n'ai pas encore eu envie de me jetter par la fenêtre... ça a peut-être un vague rapport avec le fait qu'au deuxième étage, je risque à peine un plâtre disgracieux... ou alors j'ai mis trop de piment d'Espelette dans le café... ou alors c'est parce que sur sa webcam j'ai son ciel bleu pur et un soleil rayonnant... ou alors c'est pas moi.
En vrac...
Au hasard des billets relayés par le Rezo, du ridicule, du honteux, du dramatique, de l'ignoble...
Ou comment J2M revient à la Une... version ferme des Célébrités : ici
J'essaie de ne pas penser aux conditions de rétention des étrangers dans les sous-sols de la Préfecture de Police de Paris.
J'essaie mais j'ai du mal.
Ou comment les guignols se rattrapent aux branches : ici
J'essaie de ne pas exploser de rire en me souvenant de la bande de va-t'en-guerre qui nous agonisaient d'injures et de mépris, les millions qui étions dans les rues de toute l'Europe contre cette saloperie de guerre annonçée. Les Finkelkraut, les Gluksman, les Brukner, les Kouchner, les Goupil... on était de sales cons ignares pétris d'anti-américanisme obtus, on n'avait aucune reconnaissance du ventre pour nos libérateurs d'Omaha Beach, on n'avait aucune pitié pour le peuple irakien à genoux sous la botte de Saddam (limite on était des adorateurs du dit-Saddam !)...
J'essaie mais j'ai du mal.
Ou comment ce qui se cache (peu au demeurant) au fond de certains esprits en ce début de 21ème siècle est terrifiant : ici
J'essaie de me dire que je n'en croise aucun de ces échantillons d'humanité comme elle m'écoeure, que je ne leur serre pas la main sans le savoir, que je ne leur souris pas sans m'en douter, un peu comme au lendemain d'un certain 21 avril. Je me dis que ça va forcément passer, un jour, comme pour l'ostracisme et les légendes idiotes dont étaient affublés les gauchers depuis la nuit des temps. Qu'ils sont largement minoritaires et que les générations qui viennent n'auront pas cette persistante odeur d'égoût.
J'essaie mais j'ai du mal.
Pas encore trouvé d'info rigolotte ou de lueur d'espoir dans ce monde qui s'écroule...
Promis.
J'essaie.
Les roses de mon père...

Mon père qui blague sur le fait de ne plus entendre certains sons ou de devoir parfois chercher ses mots une demi-seconde de plus que la veille. Qui blague alors que je sais que c'est pour lui l'angoisse ultime, pour quelqu'un d'aussi intellectuel, d'aussi spirituel : la dégénérescence mentale de l'âge.
23 juin 2004
Ton ciel, mon âme

J'ai remis "Bliss".
A fond.
C'est là que je bénis l'intuition qui m'a fait prendre de bons baffles pour l'ordi avec caisson de basse et tout le toutim... même plus besoin de sortir de la chambre. Plus la peine d'allumer la chaîne Dolby Surround 5 enceintes qui trône désormais inutile dans ce séjour sublime que je ne fréquente même plus. Si, si... sublime... vaste, tapis noirs chinois sur carrelage saumoné, murs crème, voilages de lin, calligraphies de Massoudy cerclées de noir, vaste cheminée, meubles exotiques mélangés à du basque ancien et patiné, plantes exubérantes à plus savoir où user de la machette, des livres, des bougies, des livres, des bougies, des livres, des bougies.... Quand j'y rentre pour faire le ménage (bien obligée), j'ai parfois un pincement au coeur. Je n'y vais plus. Je reste dans ma chambre.
Tiens ! Un de ces quatre, pour rire ou si je suis ronde, je ferai des photos ! Et je rangerai même pas avant ! C'est ça qui est drôle...
Mais je sais indistinctement pourquoi j'ai autant de mal à me réapproprier cet espace-là. Il est resté figé sur cette fin d'année où tu occupais mon nid offert.
Je n'ai jamais pu me résoudre à nettoyer la cheminée du dernier feu qu'on y a fait flamber parce que je te vois encore lire dans mon fauteuil juste à côté, cette espèce de grande chose oblongue autant qu'indonésienne, en rotin sombre, pivotant et enveloppant.
L'immense loveuse drapée de sarongs noir et crème, elle m'est devenue infréquentable depuis qu'on y a écouté l'intégralité de la Khovantchina, serrés l'un contre l'autre à la lueur du feu de cèdre.
Les plats remplis de bougies monstrueuses et de galets du gave, je ne les allume plus parce que je me souviens de ton regard affolé à l'idée que ce truc allait prendre feu sans prévenir ou couler sur la table à opium.... tu es tellement ridiculement inquiet de tout, mon amour ! Et ça me fait tellement rire ! Et j'ai tellement de mal à juguler mon hilarité devant tes inquiétudes pour un rien, moi qui me lance dans n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment, avec ou sans élastique... surtout sans.
Et je les aime tellement tes inquiétudes, tes couardises, tes craintes, tes phobies.
Pourtant, la chambre ne devrait pas provoquer moins de résurgences auditives, visuelles ou olfactives.
A croire qu'il fallait à toute force que je réinvestisse un lieu et te laisse toute la place dans d'autres. C'est ce que j'ai fait.
Je n'irai plus jamais à Hossegor.
Je n'irai plus jamais au Guggenheim.
Je sais où je vais maintenant.
Je viens une fois de plus de regarder quel était ton ciel sur la webcam Lausanne, Grand-Pont/Cathédrale/Cité...
Pas 10 minutes sans que j'aille vérifier ce qu'il y a au-dessus de ta tête.
Le ciel y est déchiré entre des nuages orageux et une luminosité blafarde qui gifle les deux tours.
Les Deux Tours ! Quand je pense aux moments de jubilation ironique à visionner ce "machin" sur le PC, en V.O, toi dans mon fauteuil, moi, perchée sur le bureau, à repérer toutes les hérésies jacksoniennes, à défaillir de dégoût devant les nonsens, à rire aux larmes devant les contresens que seuls deux tolkiendili pouvaient repérer...
Mon Annatar, mon Lugburz, ma Tour Sombre, ta destruction est peut-être inscrite dans la cosmogonie de Tolkien et par la grâce de la Valacirca qu'Elbereth a lancé dans le ciel du Nord.... elle ne le sera jamais pour moi et encore moins par moi, quitte à y laisser ma triste peau inutile. Moindre perte en regard du but à atteindre. Le désir vaut le but quand le but est enfoui en nous.
Ton ciel est inquiétant, mon âme.
Triste. Lugubre, même.
Si je pouvais souffler, tel Eole, et chasser ces horribles nuages...
Non. En fait, je sais bien que tu aimes cette impression de fin du monde que donne l'orage qui gonfle et s'amplifie avant l'explosion. Je ne ferai rien. Comme d'habitude.
Juste espérer que ton ciel te rend heureux.
Et j'étais censée parler de tout autre chose, non ?
Tout me ramène à toi. Centrifugeuse de l'âme et hasard des digressions.
Je vais mettre "Bliss" encore plus fort.
Pouce !!!
Je rentre tout juste.... encore saoûlée d'avoir vu 3 personnes vivantes et parlantes en même temps.
La tête qui tourne presque.
Et c'est là que je réalise à quel point je suis hors la vie.
Ne plus être capable d'assumer ce genre de truc simple, parler avec ses parents et le fiston adoré, sans se blinder des heures avant, s'y préparer pire qu'un athlète de haut niveau, faire des échauffements à n'en plus finir...
Ouch !
Là, il faut que je laisse refroidir le bolide de compétition factice que j'ai présenté sous les feux de leur rampe, me retrouver dans mon silence et entre mes quatre murs, mes calligraphies, mes bougies, mon donjon.... redevenir moi.
Et puis faire le point et voir quelles sont les impressions qui en restent, faire le tri entre ce qui a été sculpté à l'acide dans le marbre et la poussière d'ailes de papillon qui s'évanouira à la première brise, toute scintillante, toute irisée, toute diaprée qu'elle soit.
Plus tard.
Je tenterai de coucher les lignes et les signes, plus tard.


