Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

12 juin 2004

Fond de la première bouteille...

Il y a quelque chose que les âmes perdues, mes soeurs des ténèbres, devraient savoir de toute urgence.
Un peu comme les premiers gestes de secours, histoire de ne pas dévisser complétement la tête d'un type accidenté avec des manipulations hors de propos.

Axiome de base n°1 :
Ne jamais écouter "Morning Theft" de Jeff Buckley avec une bouteille de Sylvaner dans le nez....

Sinon, je peux vous la refaire pour pratiquement tous les morceaux de "Sketches for my sweatheart the drunk".
Tiens ? Je ne perçois que maintenant la douce ironie du titre de l'album....

Maintenant, passons aux choses véritablement sérieuses : la deuxième bouteille de Sylvaner ! L'orthographe risque de devenir aléatoire et je me hais encore plus, juste pour ça.....

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 20:34 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Tropique du Cancer

Je viens de lire ça, à l'instant.
Oui. Je sais. Je devais travailler. N'insistez pas, je vais me fâcher...

"Pas un seul de nous n'est intact, et pourtant nous avons en nous tous les continents, et toutes les mers entre les continents, et tous les oiseaux des airs.
Nous allons transcrire tout ça -- cette évolution du monde qui a trépassé, mais qui n'a pas été enseveli.
Nous nageons sur la surface du temps, et tout le reste s'est noyé, ou se noie, ou se noiera."
Henri Miller - "Tropique du Cancer"

Et je réalise dans un souffle de terreur, qu'à la lecture, je ne me suis à aucun moment identifiée au "nous" mais au "monde trépassé mais qui n'a pas été enseveli".

Bien.
Solution d'urgence qui n'en est pas une et qui est mauvaise, comme d'habitude : aller m'acheter du café et deux bouteilles de blanc (pas trois sinon demain je serai une loque et j'aurai VRAIMENT un TRÈS gros problème de boulot... en plus d'une migraine carabinée).

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 17:06 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Demain

"Parachutes" de ColdPlay au réveil avec un café dans lequel flotte un bâton de cannelle (si, si.... c'est très bon !).
Reflets d'or moiré dans le voile d'organza couleur prune que le souffle du dehors soulève de temps en temps.
Joey II qui se prélasse avec des airs de duchesse sur un carrelage enfin revenu à température féline, c'est-à dire confortable pour une boule de poils qui cherche la fraîcheur.
Volets à demi-baissés pour garder cette lumière tamisée si douce, seule qu'agréent mes yeux fatigués par les heures d'ordinateur.

Dehors, le monde s'écoule avec fracas mais sans fureur ni mystère.
Demain, ça votera pour le futur d'un continent et TF1 passera un match de foot.
Demain, je devrai me discipliner et plonger corps et biens dans l'HTML et les feuilles de styles. Sans envie, sans plaisir : la pire des configurations possibles.

Demain, je devrai absolument empêcher mon esprit de dériver, s'envoler par-dessus les prés, se poser sur les rives du lac chanté par Lamartine, s'y rafraîchir, y baigner ses pensées endolories, y reposer sa fébrilité sans perdre l'intensité.
Demain.
Demain ?
Mais pourquoi est-ce que ce mot me laisse toujours un goût d'obscénité dans la bouche ?

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 12:57 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Ma nuit talismanique

Ecrire la nuit.
Ecrire sous les étoiles.
Pourquoi cette heure de prédilection ?

Encore faut-il que les conditions nécessaires soient remplies !
Là, j'ai rongé mon frein jusqu'à ce que le loto paroissial soit enfin terminé. Pas de chance : le terrain et les bâtiments de la dite paroisse sont mes voisins et, un vendredi soir par mois, j'ai droit aux voitures garées n'importe comment mais sous mes fenêtres de préférence... ce qui veut dire que vers minuit et demi, j'en ai pour trois bons quarts d'heure à supporter le brouhaha de la foule qui sort, les cris, les apostrophes, les claquements de portières, les rugissements de moteurs (Dieux ! Que les humains aiment à jouer avec une toute bête pédale d'accélérateur !), les démarrages sur les chapeaux de roues (je n'ai pas franchement l'impression que tous ces paroissiens suçent uniquement de la glace en plaçant leurs petites bouboules sur leurs petites cacases...) et autres pollutions sonores, franchement gênantes par soirées étouffantes et moites qui imposent les baies vitrées grandes ouvertes.
Je ne vais quand même pas vivre dans une étuve pour échapper à ce vacarme !

Ce qui est le plus gênant dans cette intrusion, c'est que j'ai l'impression qu'on me vole ma niche, mon cocon, mon refuge... ma nuit, quoi !

Bon sang ! Mais je ne vous enquiquine pas, moi !
Je ne bouge pas hors de mes quatre murs et quand je sors, c'est avec des précautions de chatte sauvageonne, sans faire de bruit, en étant polie avec les rares humains que je suis amenée à fréquenter, c'est-à-dire ma buraliste (charmante au demeurant ! Un sourire et une gentillesse qui me réconcilieraient presque avec le reste de ses congénères !), la caissière du Leader Price qui me facture mon café et mes pommes et avec qui je me fais un devoir d'engager la conversation, ne serait-ce que parce que la goujaterie ordinaire des pékins moyens à l'égard de ces esclaves modernes n'a fait que s'intensifier avec l'apparition du portable (ces gougnaffiers qui sonnent bobonne ou marcel sans un regard pour celui ou celle qui trime à 50 cms d'eux.... je les tuerais sur place !)... et puis c'est tout !

Tiens ! Et bien demain, j'irai au Parvis m'acheter le dernier Michel Onfray, ce doit être "Petites philosophies féroces" si je ne me trompe pas.
Du coup, ça montera mon tableau de chasse de "l'humain à qui je parle" à trois en comptant le libraire.
Et en plus, ça risque de me faire du bien. Le livre, je veux dire !

Et zut ! Je dois bosser aussi ! Comment vais-je m'en tirer entre mes désirs et mes devoirs ?
Mal, comme d'habitude. C'est tout vu...

Qu'il est beau le silence de cette nuit, encore rehaussé par le contraste avec l'agitation bruyante de tout à l'heure !
Et toi, mon âme ?
Quel est la saveur de ton silence nocturne ? Sens-tu son poids et sa texture particulière comme moi ?

"La faveur des étoiles est de nous inviter à parler, de montrer que nous ne sommes pas seuls, que l'aurore a un toit et mon feu tes deux mains."
René Char

La nuit, je ne suis jamais seule. Tu m'accompagnes. En douceur.

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 01:42 - Agapè - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 juin 2004

Vent de panique

Impossible de me concentrer efficacement...
Je vais devoir passer les quatre prochains jours à travailler à coup de quinze heures quotidiennes si je veux avoir fini à temps.

Mais comment faire quand sa tête n'est pas là ?
Ma tête est dans un carton d'emballage. Elle est transbahutée par des porteurs, de livreurs, des cheminots quelque part entre Paris et Lausanne.
Elle se prend des coups, des chocs, on la jette sans précaution, on la range dans des piles informes, on l'enferme dans le noir...
Ma tête a peur.
Ma tête a mal.

Et plus le temps passe et plus je rêve et moins je travaille.
Je ne dors plus également.
Demain, achat de vitamine C ou de n'importe quel placebo dont je doute qu'il fasse effet très longtemps.

Je suis dans le noir, je cherche la poignée de la porte à tâtons. Je voudrais fuir, fuir, fuir.... m'enfoncer sous terre.
Comment peut-on être aussi pitoyable et, en même temps, se défier à ce point de tout apitoiement ?

Pauvre présomptueuse, va !

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 18:52 - Agapè - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Mon Prozac me cite !

Mon Prozac, c'est l'indispensable davduf.net ...
Mais si ! Je vous en ai déjà touché un mot ...

Or, suite à une note étonnament légère de ma part qui battait le rappel de la France des Catacombes pour faire un triomphe au premier single monomaniaque kolkhosien (voir l'objet du délit), je constate dans les stats de mon ancien blog que des visiteurs ont comme URL référante le site de davduf...
Gasp ! Mais koikèsse ?
Je vais y voir.... et je me retrouve en tête de gondole des liens cités au sujet du fameux Le Ballu.... que si vous dansez pas dessus tout l'été, c'est que vous êtes fan de TF1 ou de macarena...

Je ne sais pas comment ils ont fait pour me trouver au milieu des dizaines ou centaines de milliers de blogs sur la Toile mais je félicite la maman de leur moteur de recherche : beau bestiau !

A part ça, ils nous ont quand même sorti la deuxième version (donc la 1 puisque la première se prénommait poétiquement "zéro"...).
Je vais être désagréable.... j'aime pas le reggae ! Je crois même que c'est la seule musique (avec la daube commerciale classique, bien sûr) qui me fait fuir au bout de deux morceaux.
Le seul truc que j'ai jamais été capable d'écouter, c'est Exodus de Marley.... et encore ! Au final, je dormais !
Mais là.... ça me fait rire... quoique je devrais me méfier parce que je connais autre chose qui me fait d'abord rire puis dormir et voir des éléphants roses...

Donc, the brand new version de Ze Ballu, c'est ...
Recommandations d'usage : se lance tout seul.... coupez le son si vous êtes au boulot...

Quant à moi, si je pouvais abuser, je suggérerais assez rapidement une version Indus Rock à la Trent Reznor... Allez.... please !!!!

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 14:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Ombre et Lumière

(Cliquez pour agrandir)
Nébuleuse en reflexion dans la constellation d'Orion

Reprenons les anciens calmants.... des étoiles plein les mirettes pour essayer de s'endormir sans fixer désespérément le plafond en priant pour ne pas se réveiller au matin.

Journées plus que chargées à m'occuper de feuilles de style et autres fariboles alors que je devrais faire tout autre chose. Mais comme Amazon a eu le bon goût de m'envoyer un mail pour me confirmer que j'avais bien fait le saut de l'ange, qu'il était en route et que j'aurai à subir les conséquences de la chute dans les 4 jours.... allez travailler avec ça !
Mon coeur s'est décroché brutalement, a fait une descente en piqué comme un ascenseur dont le câble aurait cédé, pour atterrir sur mes pieds...

Et il aurait fallu que je me concentre ? En plus ? Avec cette chaleur ? Pffff.....

Ce qu'il y a de drôle avec mon nouveau squatt, c'est que j'ai l'impression d'être à la campagne avec pas un voisin à la ronde et à des kilomètres. C'est d'un reposant !
J'ai le sentiment délicieux d'avoir la maison pour moi toute seule, de pouvoir faire autant de bruit que je veux, claquer les portes, mettre Prokofiev à fond...
Finie la sale impression d'être épiée, disséquée, manipulée, utilisée...
Finies les distractions futiles ou versatiles.
Fini le brouhaha.

Je peux penser à l'important en toute quiétude.
Épurer, distiller, essence essentielle, arôme concentré.
Dans un silence intérieur qui reconstruit, qui reforge, qui revitalise.

Je me retrouve, sans savoir si c'est un bien ou un mal.
Le plus étrange, c'est que j'ai pour habitude d'attendre sans rien faire. Attendre les naufrages annoncés, attendre le lendemain, attendre l'heure qui suit, la minute qui suit.
Je me complais dans cet immobilisme qui me semble être la preuve de ma destruction, la négation de ma valeur ou de mon existence.
Et depuis deux jours, en dépit cependant de tout réalisme matériel ou social, j'agis.
D'une façon certes totalement aberrante mais j'agis.
Alors que l'idée de faire quelque chose pour un lendemain possible ne m'inspirait que la nausée...

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 01:18 - Etoiles - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 juin 2004

Signature de bail

Lake and wizard island from the Watchman at sunrise. Crater Lake National Park

Bien.
Voilà.
C'est fait.

Cartons vidés, étagères rangées, poussière faite, eau, gaz et électricité branchés.
Téléphone sur répondeur comme d'habitude.
Et pont-levis verrouillé plus que jamais.

Finalement, c'est pas si compliqué que ça de changer de lieu, changer de couleur, changer d'environnement, changer de paysage et de couleur de ciel...
De la patience. Recoller les notes une à une dans le bon ordre et avec la bonne date. Vérifier les liens. Pénible mais pas compliqué.

J'ai décidé de me mettre au vert... pardon.... au noir....
Je dois être une très piètre blogmachinchose.... j'aime pas les contacts. Ou pas longtemps.
Toujours déçue. Toujours lassée. Toujours agacée par la bêtise et la mesquinerie humaine.
Agacée étant bien entendu une aimable litote...

Et quand je me sens "de trop" quelque part (ce qui advient très vite et pour quoi j'ai un flair infaillible), je me tais et je m'en vais.
J'aime pas m'expliquer. J'aime encore moins demander des explications.
Je m'en vais. C'est tout.

Du calme. J'ai envie de calme pour réfléchir tout haut.
Pas besoin qu'on vienne faire son cirque dans mes plates-bandes pour se faire mousser comme il se doit dans la blogosphère, comme j'ai pu m'en rendre compte.
C'est fou ce que les comportements ne changent pas, quel que soit le lieu ! Le mien compris !
Ce "donnant-donnant", "tu me linkes et je te linke" ou "je te linke pour que tu me linkes et si tu le fais pas, t'vas voir ta gueule à la récré !", ce marchandage de fausses amitiés, fausses complicités qui n'ont pour assise que la recherche d'un public le plus vaste possible mais malheureusement au plus petit dénominateur commun en terme de qualité....
Ce copinage de mauvais aloi, mauvais sang, mauvaises raisons...

J'en ai eu assez.
Assez de jouer avec ma peau, mes nerfs, ma chair et jusqu'à mes os dans une arène que je ne cherchais pas. Encore moins une estrade.
J'écris parce que c'est ma morphine pour avoir moins mal.
J'aime bien savoir que quelqu'un quelque part est peut-être tombé dessus mais ça s'arrête là.
Je me contrefous des mielleuseries habituelles, des "zibous", des "smooch", de toute cette guimauve satisfaite autant qu'ignorante et oublieuse et superficielle et égoïste et gluante...

Alors allez-y ! Mangez-moi.... mais recrachez-moi bien vite !
Ne me linkez pas ! Ou alors avec de grosses précautions et à bon escient.
Prévenez autour de vous pour éviter l'accident bête : "Attention ! Elle mord ou elle fuit ! Va pas lui dire un mot de travers si tu veux pas te prendre un coup de katana dans l'estomac !"...
Je dégage toute responsabilité...

Et puis je sors d'une grosse maladie qui s'appelle la confiance blogienne trahie, une fois de plus parce que je n'apprend rien, je n'imprime rien...
Convalescente et encore un poil fiévreuse.
En cure de désintox pour oublier les chiens, les vautours et les punaises...

Pour tout arranger, avec mon sens du timing désastreux, ça tombe pile dans les 10 jours les plus importants de ma vie...
Je n'ai jamais su gérer le temps, ni mes humeurs, ni mes foucades, ni mes effondrements, ni mes lâchetés, ni mes coups de dés, ni mes sauts dans le vide.

Alors ne vous offusquez pas si je ne vous souhaite pas la bienvenue...
Ce n'est pas de l'impolitesse, c'est de la franchise.
Passant qui passe, je ne te connais pas. Je ne sais pas si tu es un ignoble salaud, une merveille d'humain ou une sombre andouille...
Je suis suffisamment inconséquente comme ça sans en rajouter en lançant un naïf "Bienvenue !" qui pourrait me revenir dans les gencives façon boomerang.
J'en viens. Merci !

J'ai quand même fait un effort : j'ai mis un très joli lever de soleil, façon Methode Coué, avec une île fantomatique et peu accessible au centre du Crater Lake en Oregon...
Une image valant mieux que cent discours...

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 17:48 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 juin 2004

Avis d'expulsion

Jetée aux chiens.
Poubelle des amitiés.
Déchet des fausses connivences.
Ne pas comprendre.
Incrédulité.
S'interroger.
Ne pas interroger.
Ne pas vouloir savoir.
Orgueil.
Se taire.
Se terrer.
Se murer dans le silence et l'écriture.
Gémellité du non-dit et des mots.
Disque rayé.
Refermer la trappe.
Hermétique.
Refuser de sentir les coups.
Les oublier.
Les annihiler.
Les mépriser.
Les pardonner aussi.
Mais plus tard.

Cette nuit, relire le diptyque incandescent de Richard Morgiève.
"Ma vie folle" et "Ton corps".


"Réponds "absent" toi-même, sinon tu risques de ne pas être compris."
René Char

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 01:12 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 juin 2004

Jeter les bases d'une société humaine

La haine et le mépris que l'homme nourrit le plus souvent à son égard et envers ses semblables révèlent combien l'inhumanité est le vrai malaise de notre civilisation. Nos sociétés sont malades de la barbarie qui paie les agios de l'opulence financière.
Il faudra le répéter jusqu'à ce que l'évidence pénètre en nous comme une plénitude : notre seule richesse est la vie, une vie sans cesse affinée par le progrès de la sensibilité et de l'intelligence humaines. Elle nous est donnée sans réserve, sans contrepartie. Nous n'avons ni à la sacrifier ni à la rembourser au prix courant de l'infortune. Notre combat n'est plus de survivre dans une société de prédateurs mais de vivre parmi les vivants.
Il y a en chacun de nous une joie de vivre que le poids des contraintes et des contrariétés tourne trop aisément en reflexe de mort, et sans laquelle, pourtant, il n'est de salubrité ni pour l'individu ni pour la société.
(...)
L'être humain n'est ni une proie ni un prédateur. Assurer la primauté de la vie sur l'économie, c'est opposer un non ferme et définitif à toute forme de prédation en apprenant à vivre au lieu d'apprendre à tuer, à réprimer, à exploiter.
Rien n'est plus important que de nous prémunir et de prémunir l'enfant contre la manipulation du vivant par l'économie. Nous n'insisterons jamais assez sur l'importance de promouvoir un enseignement qui brise le cercle vicieux du refoulement et du défoulement, de la tyrannie et du laxisme, du mérite et du démérite, du mépris de soi et des autres. La véritable sécurité d'existence commence où finit la loi du plus fort et du plus rusé.
C'en est assez de cette existence de chacal en quête de charogne et d'espérance. Nous voulons créer un style de vie qui privilégie à tout âge les jeux d'apprentissage, la créativité, l'émulation, la curiosité, l'imagination, la passion de la découverte, l'ouverture à soi et à ses semblables, l'éveil au corps en tant que lieu de jouissance, l'invention du merveilleux, frappant ainsi de désuétude le fétichisme de l'argent, le travail, la cupidité, la volonté de puissance, la combine, la manipulation, la compétition, la concurrence, le calcul, l'agressivité, le repli caractériel, la frime, l'exclusion, la séparation, la culpabilité, le sacrifice, la dépendance, le clientélisme, le grégarisme, l'identification à un clan ou à une image de marque.
(...)
Les opprimés ont toujours été vaincus par les armes qu'ils offraient aux opresseurs. Le règne de la cupidité, de la volonté de pouvoir, du désespoir existentiel, de la haine, du ressentiment, n'a rien à craindre d'insurgés perméables aux virus qu'il essaime.
(...)
Il n'est pas d'horreur répandue sur le monde qui ne naisse d'un corps arraché au désir de vivre par une économie qui l'exploite et le dénature.
(...)
Enferré dans la quotidienne malédiction dont l'accable l'économie dominante, le bonheur est sans doute l'inclination la plus naturelle et donc la plus difficile à revendiquer et à parfaire. Mais il offre le privilège de ne tuer jamais. Son obstination à ne reculer que pour mieux assurer sa prise dessine les lignes d'une force irrépressible et affermit la violence même d'une vie qui, une fois adonnée à sa propre création, atteint à une telle passion qu'elle dénoue l'enlacement de la mort et abandonne les puissances de destruction à leur dissolution spontanée.

A la question "faut-il s'armer pour abattre le tyran ?", Etienne de la Boétie, démontrant à quel point il détenait le secret de sauvegarder, par-delà la glaciation des siècles, le ferment d'une vie à renaître, fournit à nos contemporains une réponse à laquelle ils ne pourront souscrire sans la mettre en oeuvre aussitôt : "Nullement. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l'ébranliez. Mais, seulement, ne le soutenez plus ! Et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre."

Raoul Vaneigem - "Pour l'abolition de la société marchande, pour une société vivante" - Mai 2002

 

Comment, mieux qu'il ne le fait, brandir l'exigence d'utopie, le retour à la valeur d'usage et plus celle d'échange, la volonté de vivre dans la jouissance de soi et plus l'exploitation, la fin du travail servile, la gratuité de la vie ?

Désirer sans fin au lieu de désirer une fin...
M'est-il donc impossible de le vivre ?
Seulement le penser ?

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 23:06 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »