05 juin 2004
Nous qui désirons sans fin...

Nos désirs n'auraient pas de fin si nous ne mettions tant de soin à leur en assigner.
L'ignorance dont nous les entourons abrite le plus souvent la vocation de nous abîmer en regrets.
C'est ainsi que la mort vient avant l'heure. (...)
Nous n'avons d'autres ennemis que nous-mêmes, d'autres armes à redouter que la passivité et la résignation qui gagnent, d'autre péril à encourir que celui de renoncer à l'exercice d'une vie dont chacun de nos désirs, du plus futile au plus irrépressible, proclame l'exigence. (...)
Ce qui ne s'ouvre pas à la vie se referme sur sa mort.
Les citadelles implosent ou explosent.
Raoul Vaneigem
03 juin 2004
Joey I

Joey I
Joey est affalé, tournent les mouches
Le souffle du soir aime comme il tord la bouche
Il y a trois déserts à traverser encore
Et une pendaison à réussir d'abord
Quelle étrange pensée a ... Joey
Tu dormais Joey ou étais-tu éveillé ?
Penses-tu quitter la vie sans t'en aller ?
Si ton corps se balance, verras-tu plus loin
Ou est-ce de la transe, dont tu as besoin ?
Quelle étrange pensée a ... Joey
Assassiner son frère
Envahir l'Asie
Sauver la race humaine
Servir un mezcal
Oh oublier son nom ... Joey
Joey a traversé tous les souterrains
Les nymphes et la folie glissées sous ses reins
Va-t'il revenir là dans le corps d'un chat
Serait-ce pour ce soir ou serait-ce pour une autre
Serait-ce pour ce soir ou serait-ce pour une autre fois ?
Noir Désir - Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient)
02 juin 2004
Punie... au piquet !

Aujourd'hui, je me suis fichue à la porte.
D'habitude, c'est la vraie Oneiros qui reste dans son donjon mais là, je l'ai mise dehors avec sa soeur jumelle Thanatos.
J'ai fouillé les tiroirs, ouverts les lettres, piqué les bonbecs.... bref, j'ai fait ce que toute gamine fait quand elle investit en secret un lieu déserté par les adultes.
Je me suis aussi énormément vengée d'elle, j'ai mis la pagaille dans ses douleurs, j'ai gribouillé sur ses cicatrices, j'ai taggé ses plaies, j'ai vandalisé son mausolée de morte-vivante...
J'ai même fait copine-copine avec sa panthère, on a fait des roulades sur le tapis noir après avoir poussé cette vacherie de table éléphant chinoise lourde comme un âne mort, on a joué à Mowgli et Bagheera... jusqu'au moment où je me suis arraché la moitié de la cuisse gauche sur les briques réfractaires de la cheminée... Ouch ! Chaque fois pareil ! Aucune notion des distances !
Là, Bagheera m'a regardé d'un air un peu interloqué et a baillé, amplement...
Et moi aussi, je me suis mise à bailler.... en fait, je m'ennuyais déjà...
Dommage qu'on finisse toujours pas s'ennuyer de faire des bêtises, de faire la môme, de faire comme si pour de rire...
Alors j'ai enlevé le nez rouge, le maquillage, les grandes chaussures et le noeud papillon.
J'ai un peu rangé mais pas trop parce que c'est fatigant de se forcer à faire le clown.
Et je lui ai réouvert la porte.
Récréation terminée.
Le Ballu : Kolkhose Rock...
Depuis le 26 mai dernier, s'est montée la dinguerie musicale la plus désopilante qui soit...
Evidemment, c'est chez davduf.net dont je vous ai déjà parlé et qui est dans les liens de la colonne.... lui, il devrait être remboursé comme le Prozac !
C'est pas racontable... enfin si.... mais comme il font ça beaucoup mieux que moi, je vous laisse aller découvrir cette loufoquerie ultra-jouissive dans le genre pied-de-nez qui ne se prend pas au sérieux...
J'vous l'dis ! Ça va devenir culte, ce truc !
C'est là, si on commence par la genèse. Ne pas hésiter à remonter le fil de la chose grâce à la colonne de gauche "Même rubrique"...
Attention ! Le morceau ayant tendance à se lancer automatiquement, si vous êtes au turbin, coupez les baffles avant... ou veillez à ce que votre chef de service soit allé faire un tour.
Faudrait tout de même pas que ça vous coûte un licenciement pour faute professionnelle ainsi libellé : "Ecoute un concept single monomaniaque tendance garage coincoin poil aux reins, au lieu de gagner des parts de marchés pour sauver les vieux de la canicule"... non mais !
En tout cas, au réveil, c'est parfait !
Voilà.... j'ai fait ma B.A. journalière de zebulon. Je peux revenir à mes abysses.
EDIT : bon, ben vu l'heure, z'êtes plus au turbin... pouvez donc rebrancher les baffles et mettre ça à fond.... et je relance le post.... ma modeste contribution au lancement du premier single culte kolkhosien des rock stars anonymes réunies... et Yop là ! C'est reparti ! Chauffe Marcel !
Ligne de fuite

"Ce qui m'as mis au monde et qui m'en chassera n'intervient qu'aux heures où je suis trop faible pour lui résister. Vieille personne quand je suis né. Jeune inconnue quand je mourrai.
La seule et même Passante."
René Char - Feuillets d'Hypnos
(Musique : Massive Attack - "100th Window")
01 juin 2004
Perspex Dome (2)
C'était plus une forme de mépris pour ne plus être capable de regarder en face sa propre vérité.
A moins qu'à force de porter le masque, celui-ci ne se soit incrusté sur elle comme une seconde peau, qu'il ne l'ait fossilisée.
Elle avait toujours eu sa propre traduction du suicide.
En fait, c'était très simple.
Les vivants, les pas suicidaires, les pas atteints, les "innoçents", les "vierges", se contentaient de rester au monde tout simplement parce qu'ils ne connaissaient rien d'autre, parce qu'ils n'avaient accès à aucun autre monde, parce qu'il n'y avait absolument rien en dehors de leur monde. Leur univers était clos. Soi-disant infini mais clos.
Jamais l'absurdité intrinsèque de leur monde ne les avait poussés à s'en créer un autre, bien à eux, ou être soi, où fabriquer sa propre histoire.
Elle n'avait strictement rien à leur dire. Elle ne parlait jamais de sa souffrance, elle ne la donnait jamais à voir. Elle l'avait depuis longtemps recouverte d'une carapace dure comme l'acier, assez dure pour la protéger des attaques mesquines, des arguments petits-bourgeois, des leçons de morales judéo-chrétiennes... de l'insignifiance des autres.
Elle continuait à arpenter un monde qu'elle ignorait précautioneusement et qui n'avait jamais rien pu faire pour elle.
Elle fuyait sans fuir.
Elle fuyait en restant immobile au milieu du manque de sens.
Le premier suicide, elle le haïssait. Il était totalement inhumain. Juste une boule de souffrance qui explose, aucune reflexion, aucune pensée, juste une bête prise au piège qui se dévore la patte pour échapper aux mâchoires de fer. Rien d'humain. Plus rien d'humain.
Il l'avait laissée hébétée devant tant de violence animale qu'elle s'était découverte. Et qui l'avait écoeurée.
Mais il avait aussi fait office de "dépucelage".
Une fois la porte poussée, le verrou qu'on a fait sauter, les gonds qu'on a arrachés, plus de retour en arrière possible. En tout cas plus de retour à une situation antérieure vierge, immaculée, innocente. Plus de tabous.
Même si on en revient par miracle, elle avait au moins réalisé que c'était un aller simple.
De toutes façons, elle savait quelque chose : elle était déjà morte.
Parce qu'en fait on ne choisit pas de mourir (c'est un choix qu'on n'a pas : il faudra mourir de toutes façons) mais de mourir MAINTENANT.
Et qu'elle était l'unique maîtresse de ce maintenant-là. Qu'aucune morale, aucune loi, aucune règle, aucun être humain ne pouvait se l'arroger à sa place.
Et que ce "maintenant" soit dicté par une lassitude, une souffrance, une forme de stoïcisme ou quoi que ce soit d'autre n'y changeait rien.
En rentrant de l'HP après le séjour imposé "Vol au dessus d'un nid de coucous" pendant lequel elle s'était régalée à jouer les Jack Nicholson, elle avait posé son sac marin, pris une grande feuille de papier beige sable, son stylo-plume préféré à l'encre couleur tabac et avait tracé les derniers mots laissés par Romain Gary :
"Je me suis bien amusé. Au revoir et merci. Romain Gary, 21 mars 1979".
Plié en quatre, dans une enveloppe, elle l'avait glissé sous sa lampe de chevet.
Et elle avait commencé à planifier le second... en stratège.
(Perspex Dome - Roman aléatoire)
Prendre son élan...

Les yeux fermés, le dos bien à plat sur le tapis chinois, les pointes de pieds reposant sur le linteau de la cheminée...
Respirer...
Respirer...
Soudain un homme ou une femme ouvre les bras au néant. Il quitte sa vie. Il disparaît. Il a désiré en finir, comme son voisin a désiré descendre au café du coin pour y rencontrer celle qu'il aime. Pendant qu'il relève son col parce qu'il pleut, l'autre se suicide parce qu'il pleut.
J'entend la pluie sur les tuiles du toit. Mais j'ai fermé les yeux sur le tapis chinois et je respire, lentement. Très lentement.
Coup du sort
Je m'étais pourtant dit, cette nuit, avant de sombrer, que j'essaierai de "faire quelque chose demain"....
On y est "demain".... réveillée par le son du marteau-piqueur !
Il est juste sous la baie de ma chambre/bureau/salon vidéo/salon de musique (tout regrouper au même endroit est typique de l'esprit de donjon).
J'ai un énorme problème avec la pollution sonore....
Déconcentration totale, humeur noire, migraine prévisible, fébrilité agaçée... bref... pas les meilleures conditions pour les bonnes résolutions prises inconsidéremment...
Ou alors, je déménage tout mon barda dans une des deux chambres du fond ?
Sûr qu'à peine aurai-je fini le débranchement/rebranchement de tous les câbles qui sortent du PC, le marteau-piqueur en question décidera qu'il a assez bossé pour la journée, lui, et que s'instaurera non pas un silence bienfaisant mais un non-martèlement qui en aura la même saveur...
On parie ?
Je peux aussi essayer de faire dans le contre-feu en montant le son de la chaîne comme depuis le réveil. Mais, me connaissant, je suis certaine que j'entendrai encore la machine infernale du dehors sous les cris d'Arno ou le dernier "Death in Vegas" à fond les manettes....
Zut ! Je peux même pas me recoucher ! La sale bête s'insinuerait aussi sous la couette...
En plus, il pleut sur Lausanne et ça me rend encore plus triste si c'était possible... pas fréquentable, aujourd'hui... fuyez, frères humains !
EDIT : ça se confirme.... des jours comme ça.... ça y est : je suis bonne pour la nébulisation d'Imigrane...
Etienne Roda-Gil est mort ce week-end d'une congestion cérébrale à 62 ans. 62 ANS !!!!!!!!! 20 ans de moins que mon père ! Comme dit lysp, "saleté de tapis roulant"....
Et Manuel Fraga est toujours vivant.... ¡ Vete a la mierda, cerdo !
Je vais mettre Gjallarhorn encore plus fort...
Funambule sur le fil
Je viens de me rendre compte qu'il m'arrivait assez souvent d'alterner une note noire avec une note plus lumineuse (ou plus futile).
Je ne sais pas la part de volonté ou de simple ré-équilibrage automatique qu'il y a dans cette alternance.
En fait, je ne sais même pas si ne s'y mêle pas, là encore, une grosse louche de culpabilité.
Du style :" Rhââ zut ma fille ! Mais arrête un peu de plomber tes lignes avec tes plaies purulentes ! Tu pourrais pas faire un effort, tout de même ? Allez ! Force-toi un peu ! Secoue le joug ! Si t'es pas fichue de le faire pour sauver ta propre peau, fais-le pour d'autres à qui ça fera peut-être un peu de bien de ne pas se retrouver constamment aspergés de tes larmes de sang !"... alors, vite fait, je concocte des histoires de roses ou de brunes....
Je ne peux pas dire que ce soit une torture.... mais je ne peux pas non plus prétendre que ce soit un jet naturel... je force la main de mon climat intérieur plutôt "stormy weather" que "beau temps calme".... voilà tout !
Mais... comment dire.... ça me glisse dessus comme la pluie sur des ailes d'oiseau... j'en retire plus une impression de B.A. ridicule qu'un apaisement qui m'irriguerait en profondeur...
Toujours le masque, en fait.
J'aurais du continuer "Perspex Dome" cette nuit mais c'est un peu comme le grand blanc avant la tempête ou le calme étrange du coeur des cyclones... là, je sais très bien ce que j'ai envie d'écrire mais je vais laisser reposer, laisser remonter la crème à la surface du lait cru, comme quand j'étais petite.
J'adorais cette odeur. L'odeur de vraie crème issue de vrai lait.
Pas l'insipide liquide blanc qu'on nous donne à boire maintenant.
Et puis j'aimais aussi voir les parties du lait cru se séparer lentement, insensiblement, inéluctablement, sous mes yeux.
J'aimais la patience infinie que je me découvrais à attendre de très très longues minutes que la scission se fasse.
Demain.
Demain, peut-être.
Si je retrouve le chemin de la patience.
31 mai 2004
Pour se faire du bien...

Alors pour Sabrina,
Pour la robe blanche à broderies noires qu'elle y porte et que je rêverais d'avoir,
Pour l'affiche de "Breakfast at Tiffany's", le fourreau noir, les gants longs et le porte-cigarette interminable qui souligne encore l'insolence juvénile du sourire,
Pour la Marian de Robin dans "La Rose et la Flèche" de Richard Lester avec Sean Connery,
Pour l'élégance,
Pour les vespas romains,
Pour la douche tout habillé de Cary Grant sous ses yeux ébahis dans "Charade" de Stanley Donnen, film cultissime et ébouriffant d'humour. Lequel Cary le Magnifique clamait d'ailleurs urbi et orbi : "Tout que je veux pour Noël est un autre film avec Audrey Hepburn !"
Voilà.... ça t'a fait un peu de bien, dis ?


