Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

12 juillet 2004

Beautiful freaks

Quelle est la molécule, quelle est la monade essentielle qui brusquement déclenche les connexions, crée les synapses de l'intuition irréductible ?

La première fois que je l'ai lu, j'ai eu la certitude absolue d'une rencontre unique.
Je ne saurais pas exactement expliquer comment la vague de ce tsunami bien particulier a pris naissance, souterrainement.
Autant que je m'en souvienne, la discussion devait être historico-géographique ou géo-politique ou politico-économique...
Et tout de suite la sensation que je pouvais lire plus qu'il n'y avait d'écrit. Que je savais ce qu'il pensait vraiment et qui n'était pas dit, ou inscrit en filigrane sous la correction policée de l'helvète.
Surtout la certitude d'être la seule à le voir ! Ça, c'était l'évidence ! Il écrivait à l'encre sympathique et j'étais la seule à décoder les messages dissimulés.
Parce que manifestement, les autres intervenants de la discussion en question ne semblaient pas percevoir comme moi les montagnes de causticité sous ses formules lapidaires et précises, les himalayas d'ironie cinglante sous le ton mesuré et quasi technicien.
Alors que moi, devant mon écran, je pouffais de rire comme une folle !

Déjà, j'avais l'impression qu'il ne montrait qu'une infime partie de ce qu'il était.
Déjà, l'iceberg, la partie cachée de l'iceberg, qui me saute au visage et semble être invisible pour les autres. Alors que j'aurais mis ma main au feu, dès cet instant, qu'il y avait autre chose, une étrangeté, une unicité, une originalité dérangeante et absolue.
J'avais raison ! Ô combien !

Plus tard, quand on s'est connu et qu'on a échangé de façon plus privée, par mails, par lettres, j'ai eu confirmation de ce que j'avais perçu dès ces premières lectures.
J'ai surtout eu le privilège incommensurable d'être la seule confidente en qui il avait suffisamment confiance pour dévoiler la totalité de sa personnalité.
Il faut bien dire qu'on est aussi monstrueux l'un que l'autre, mon amour !
Lui aussi, il avait reconnu une forme de fraternité, de gémellité en ce que j'écrivais malgré notre différence évidente de style.
Il est fort probable que ce sont justement nos différences qui nous ont attirés l'un l'autre ! L'herbe est toujours plus verte ailleurs, n'est-ce pas ?
J'enviais cette rigueur inattaquable, cette apparente mesure de ton qui rendait encore plus éclatantes la démonstration et l'analyse. Lui, admirait la passion et les rythmes que j'imprimais à mon style au gré de mes colères ou de mes rages.
Mais nous savions déjà que le fond était le même. Même roc. Mêmes gouffres. Mêmes flammes.

Mais quelle peut être la joie plus puissante que celle de le lire et de l'entendre me dire ce qu'il ne dit à personne d'autre, parce qu'il sait qu'il sera au mieux incompris, au pire stigmatisé.
Pas avec moi parce qu'il a compris que nous sommes semblables.
Pas identiques mais semblables dans cette étrangeté radicale, l'habitude de porter un masque pour l'occulter aux yeux des conformistes abrutissants et panurgiques, une forme de résignation douloureuse mais détachée, aussi, à cette forme de solitude choisie.

Nous sommes des monstres, mon amour.
Mais de beaux monstres, n'en déplaise aux nuisibles.

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