Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

08 juillet 2004

Vol de nuit

Il dort comme une bûche.
A tel point qu'on pourrait croire qu'il est mort. D'une immobilité, d'une rigidité de gisant.
C'est à peine si on le voit respirer.

Ça m'avait frappée les premières nuits que l'on avait passés côte-à-côte.
Je dis bien côte-à-côte... c'était du camping sauvage dans l'appartement "Antre des ténèbres" d'une Maïa obscure, amie commune, nous étions quatre à sombrer sur des matelas épars dans son minuscule séjour parisien et on s'était vus pour la première fois la veille... pas franchement les conditions idéales pour rencontrer l'amour de sa vie...

Evidemment, je n'arrivais pas à dormir.
Trop occupée à le regarder dormir, lui. Des heures à l'observer entre mes cils, store mouvant qui en rendait la vision floue.
Entre mes cils parce que je craignais à chaque minute que ses paupières ne se soulèvent à l'impromptu et qu'il découvre mon espionnage indiscret.
Des heures à suivre ces contours, ces méplats, l'architecture d'un visage, le grain d'une peau, les frémissements inconscients d'un muscle.
Je l'ingérais, je l'apprivoisais, je l'imprimais.
Déjà, je ne m'étonnais même plus de trouver beau ce qui ne l'était pas, de voir de la grâce là où n'était que gaucherie, de trouver exceptionnel ce qui n'était qu'ordinaire et sans attraits.
Transfiguration sans défiguration.

Cette nuit, je t'ai regardé dormir pendant des heures. Toute la nuit jusqu'à l'aube.
Tu dors tellement profondément que mon arrivée dans ton appartement ne pouvait te tirer du sommeil et c'était parfait ainsi.
Je me suis posée sur le bord de ton lit, perchée le plus légèrement possible à tes côtés.
Tu étais à plat-ventre, les bras bien collés le long de ton corps, bouche close.
Je suis restée là des heures, sans un bruit, sans un geste.
Je n'ai même pas été regarder ailleurs, ni la vue de ta fenêtre, ni les titres de ta bibliothèque, ni le contenu de ton frigo...
Juste toi, alangui, joue tiède, souffle presque imperceptible.
Confiant. Comme si tu savais que je veillais sur ton sommeil.

Aux premières lueurs du jour, j'ai redéployé mes ailes, je suis allée me poser sur l'appui de ta fenêtre, j'ai regardé ta nuque une dernière fois et me suis envolée par-dessus la cathédrale, par-dessus le lac, par-dessus les vallées, direction le Sud.

Quand je me suis réveillée, je dormais à plat-ventre et bras en croix.
En fait, je volais encore.

David J. Nightingale © 2003-04 (all rights reserved)

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Posté par Oneiros à 14:26 - Agapè - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    silence

    j'aime beaucoup ce que tu as écrit, c si beau...
    Posté par lafossoyeuse, 09 juillet 2004 à 15:24

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