Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

06 juillet 2004

Scanner (1)

Etrange besoin que celui de venir gratouiller de nouveau cette petite croûte ouverte sur l'écriture des blogs. Le pourquoi de cette étrange aspiration (par le vide ?).
Besoin de trouver une logique à cet illogisme.
D'autant que ce ne sont ni les pistes directes, ni les contre-allées, ni les chemins de traverse qui manquent à partir de cette question.
La difficulté résidant essentiellement dans ma faiblesse à digresser, à ne pas suffisamment synthétiser. A éluder certains trous noirs, aussi.

La complexité doit également procéder du fait que chaque réponse (ou supposée telle) ouvre d'autres questions, comme une fractale infinie.

1ère question : mais pourquoi publier ? Pourquoi diffuser ? Ou pourquoi ce besoin, cette envie de diffuser ?
Ce qui semble évident, c'est qu'écrire pour soi-seul n'est pas parvenu à soulager quelque chose, à vider un abcès.
Ou alors, c'est le besoin de dire mais de dire à "Personne" (non, ulysses.... ne te sens pas visé... ;)... tu n'es Outis que pour Polyphèmos, pas pour Pénélope).
Je dois rentrer dans les deux catégories à la fois, si j'essaie de m'observer de loin et un tant soit peu objectivement.
J'ai commencé à écrire sur un blog parce que j'en avais assez de me déchirer la tête à coup de cachetons, de drogues légales ou pas et d'alcool mélangés pour m'anesthésier. Le blog comme dérivé morphinique, je l'ai déjà dit, et c'était bien la raison plus que première, primale.
Dire à Personne parce que je ne peux ni ne veux LUI dire. C'est l'évidence aussi.
Déplaisante parce qu'elle me situe dans une forme d'impuissance à retourner sur mes pas, à concevoir que j'aurais pu prendre un autre chemin, moins beau, moins pur, mais qui m'aurait probablement sauvée. Déplaisante donc parce que c'est autant une question d'agapè (ou d'altruisme quoique ce mot me déplaise pour d'obscures raisons) que d'orgueil à ne pas me déjuger, ne pas me dédire.
J'y rajouterai une troisième composante (et c'est là, Mesdames, Messieurs, que la rouerie de la blonde d'Aquitaine qui ne fait pas "Meuuuuuh !" va éclater au grand jour sous vos yeux ébahis...) : le plaisir de séduire.
Arf ! Je les vois déjà tous sauter en l'air ! "Mais quoi ? On nous aurait trompés ? Elle cherche à draguer comme 80% des blogueurs ? Elle n'est pas ce pur esprit éthéré dans les limbes de sa passion consumée ?"....
Mais non ! Je ne vous ai pas volé sur la marchandise comme une vulgaire M... N... ou une pitoyable S... R... (comprenne qui peut mais j'en connais au moins un qui est mort de rire à cet instant...).
Qaund je parle de séduction, c'est de séduction par l'écriture et uniquement par elle, voyons !
Et là, j'avoue. Mea culpa. Mea maxima culpa.
Ça m'est venu il y a un peu moins de dix ans à l'occasion d'articles que l'on m'avait demandé d'écrire dans un cadre politique, mais quand je m'en suis aperçue, je confesse que j'en ai retiré un certain plaisir. Plaisir double au demeurant parce qu'il était autant personnel qu'axé vers l'autre, le lecteur, à qui je faisais plaisir ou je donnais une forme de plaisir... et j'aimais cette idée. L'idée que mes mots, leur rythme dans une phrase, la musicalité qu'ils revêtaient suivant les instants, pouvaient procurer une forme de plaisir à d'autres. J'avais l'impression d'être utile à quelque chose. A l'extrême limite, les idées soutendues dans le texte pouvaient même passer à l'arrière-plan (quoique ce soit assez difficile étant donné  que le style était souvent lié au contenu).
Ça a nettement empiré quand les mots ont carrément été suffisants pour séduire. Mais séduire d'amour ! Attention ! Là, ça devient sérieux... et ultra-dangereux ! C'est pire que de la coke ou de l'héro. Si, si...
Que l'image, le corps, la voix, la gestuelle étaient totalement absents de la relation et que la séduction n'opérait QUE par les mots.
Enfin débarrassée des contingences matérielles, enfin dépouillée des apparences. Finie la sale impression d'être un gibier sur pattes.
Aimer et être aimée comme et par un pur esprit.
Nirvana pour moi.
Et vous voudriez, ayant atteint ce climax, même pulvérisée, vitrifiée, atomisée par lui comme Icare par le soleil, je redescende sur le plancher des vaches ? Non, merci.
Que je me contente de ce que je considère comme un erzatz du summum atteint ? Non, merci.
Vous le voyez Cyrano, allant courtiser une bonniche après la scène du balcon avec Roxane ? Non, merci.
Oups.... je suis tombée dans le piège de la digression, là....
Revenons donc à la séduction non-amoureuse, et juste pour conclure, oui, je plaide coupable : j'aime l'idée que des gens qui ne me connaissent pas, que je ne connais pas, puissent trouver beau ce que j'écris par moments et que ça leur procure une forme fugace de plaisir. Je plaide coupable et je n'en ressens nulle honte.
Néanmoins, c'est totalement illogique au regard de ce qu'est la conduite de ma "vie" depuis plus d'une année, laquelle consiste essentiellement à gâcher ou détruire consciencieusement, l'un après l'autre, tous mes talents (plus j'y réfléchis, plus je constate que je reproduis exactement le même cursus que celui de Dagerman dans "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier"), à faire le vide autour de moi, à couper tous les ponts, fermer toutes les issues, murer toutes les portes, "se détruire, pas se tuer" comme disait Heliocoeur...

2nde question : mais pourquoi dire et pourquoi taire ? Ou que dire et que taire ?
.... on va se la garder pour plus tard, celle-là.
Non, ce n'est pas que je vous la joue "cliffhanger", c'est juste que je n'ai pas eu le temps d'y réfléchir vraiment et que si c'est pour écrire des banalités ou des demi-vérités, c'est vraiment pas la peine de vous faire perdre votre temps.

Je sais bien que ça ressemble furieusement à du nettoyage de la maison, rangement du bureau et formatage de disque dur de triste mémoire...
Je le sais...
Mais c'est tout de même mieux que de rester roulée en boule sur la couette, les volets baissés, à attendre ques les minutes s'écoulent dans le sablier.

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Posté par Oneiros à 18:46 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    mort de rire ?

    Non. PÉTÉ DE RIRE !
    On s'est compris, je crois...

    Pour le reste, je n'aurai pas mieux rédigé moi-même. Je repense aussi à une note de Garfieldd mais dont j'ai perdu la trace sur l'ordinateur. ça pourra se retrouver.

    Oui, c'est mieux que de s'étrangler dans le retrécissement du sablier du temps.
    Posté par ulysses, 06 juillet 2004 à 22:40
  • sans flatter

    Ni encore moins "draguer"
    je trouve l'écriture séduisante parce que parfois incompréhensible souvent difficile mais toujours surprenante.
    Et puis j'ai besoin de comprendre le mal de vivre parmi les gens et toi t'exprime une partie que je connaissait pas.... enfin dans une version.
    Voila en fait tu me sert bien.
    Posté par daze, 06 juillet 2004 à 23:44
  • Sans oubli...

    Je n'ai pas oublié celui qui, sur un forum, écrivit un jour: "L'écriture est un antalgique , pas une thérapie"...
    Cette phrase aurait pu être la devise de mon tout premier blog ( l'inaccessible).
    Aujourd'hui, c'est autre chose, cette souffrance, ce déni de l'époque s'étant éteints, j'écris sur des feuilles et sur mon blog ... Quelquefois ces feuilles deviennent une nouvelle pour le blog...
    Le blog lui-même a un sujet précis et un concept auquel j'essaie de me tenir mais tu sais que "l'actualité u-blogguesque" le trouble quelquefois.
    Le désir d'être lue est chez moi une forme du désir d'appartenir à une communauté qui (artificiellement peut-être) semble abolir les différences et être moins intolérante que le microcosme auquel je faisais les honneurs de mes écrits jusqu'alors ( voir le post de Chiboum today).
    Quant à toi, ta culture, ton style sont, oui, une source de plaisir pour tes passants que nous sommes....
    Amicalement,
    AURORA
    Posté par AURORA, 07 juillet 2004 à 04:07

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