Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

03 juillet 2004

C'était bon...

... aujourd'hui... de n'avoir plus d'horaires imposés, de rester couchée à lire sans qu'on vienne m'interrompre, de savourer le silence, de ne plus entendre les portes qui claquent, le personnel hospitalier qui se hèle avec des mégaphones dans la gorge, de pouvoir rester dans une pénombre fraîche sans qu'une andouille sûre d'elle vous balance "Mais il vous faut de la lumière ! C'est bon le soleil pour le moral !" et vlan ! que je te remonte d'autorité et d'un coup sec cette saleté de store et le flot d'indécence lumineuse crue qui te vrille la rétine, le cerveau et ce qu'il te reste de calme feint...
Elle sait pas qu'elle est passée à deux doigts du fait divers et de sa mort dans le gargouillis odieux de ce qui fut sa gorge mais n'est plus que la source du flot de sang qu'en a fait jaillir le scalpel que je lui ai mentalement planté dans la carotide. Grosse vache !
J'ai rien contre les grosses (ni contre les vaches) mais les sales connes qui vous la jouent institutrices revêches avec sermon à la con du genre "Mais faut manger voyons ! C'est pas joli d'être maigre comme ça !"... tout en louchant visiblement sur le 501 en taille 27/34 qu'elles sont à des années-lumière de pouvoir enfiler.... elle mériteraient des baffes !

Non ! Pauvre déchet sans cervelle ! Je ne suis PAS au régime (comme toi ou alors tu devrais, c'est clair). Je me force à manger au contraire. Ça passe pas, qu'est-ce que j'y peux ? Alors ne viens pas, fielleuse et envieuse à plus en pouvoir, me tartiner avec tes leçons de morale à deux centimes et ta psychologie de bazar (quoique j'ai d'excellentes raisons de penser que TOUTE psycho est de bazar comme TOUT psy est un charlatan assoiffé d'un pouvoir minimum sur les autres parce qu'il a lamentablement échoué à avoir quelque pouvoir que ce soit sur sa propre vie...) lue dans les pages santé de Marie-Claire...

Ce soir, je n'ai pas trop eu à me forcer, tout de même.... le Boursin Figue-Noix est définitivement une des plus belles choses qui soient au monde, tartiné sur une tranche de pain de seigle aux noix et aux raisins, délicatement grillée, arrosée d'un infime filet d'huile d'olive crétoise.... après la batavia toujours avec miettes de boursin Figue-Noix.
Je suis gavée pour trois jours, là...
Mais j'ai mangé quand j'ai voulu, sur mon plumard assise en tailleur et devant le PC, personne ne m'a forcée, surveillée, morigénée, tancée.
Personne n'a levé mes volets roulants en décrétant qu'on ne mange pas dans le noir.
Personne n'est entré sans frapper et sorti en claquant la porte.
Personne ne m'empêchera de boire du café au piment d'Espelette.
Personne ne m'empêchera de lire jusqu'à 6 heures du matin, avec de l'encens Lotus qui se consume doucement à la tête de mon lit. Ni de me doucher avant d'éteindre la lumière pour dormir ou sombrer.
Personne ne me réveillera avant midi ou 14 heures. Personne ne me réveillera tout court.
Je sais que ça va passer, cette sensation de bien-être qui n'est due qu'à la frustration d'avoir perdu une part de contrôle, une part de liberté pendant quelques temps.
Je sais que, très vite, ma liberté ne me charmera plus et ne masquera plus la béance du reste, de tout le reste.
Je vais juste en profiter encore quelques heures avant de rouvrir la porte aux vampires familiers.

Attention ! Les commentaires doivent faire moins de 1000 caractères ! Sauvegardez avant l'envoi..."Ctrl A + Ctrl C" mon sauveur...!"
Posté par Oneiros à 22:22 - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    ^^

    Je repense au mot de Marie Durand, protestante enfermée 37 ans dans la tour de Constance, à l'époque où Aigues-Mortes était pilonnée par les guerres de religion.
    Ce mot, gravé sur le mur :

    "RÉSISTER"
    Posté par Ulysses, 03 juillet 2004 à 23:15
  • Oui mais...

    ... ON l'avait enfermée. Elle n'avait pas fait ça toute seule comme une grande.
    Et puis toutes les ampoules finissent pas griller leur résistance un jour ou l'autre.

    "A toute pression de rompre avec nos chances, notre morale, et de nous soumettre à tel modèle simplificateur, ce qui ne doit rien à l'homme, mais nous veut du bien, nous exhorte :"Insurgé, insurgé, insurgé..."."

    En bon prototype aléatoire et casse-gueule, éloigné de tout "modèle simplificateur" que je suis, j'ai la respiration agressive et l'insurrection autodestructrice.
    Pas d'bol...
    Posté par Oneiros Thanatos, 03 juillet 2004 à 23:27
  • Moi, c' est ma grand mère paternelle, qui voulait m' engrosser. Elle me trouvait toujours trop maigre.Je l' aimais beaucoup et je l' aime encore et ça m'a vraiment attristé qu'a la mort de son mari (mon grand père paternel décéda en 96) elle ait décidée 3 ans plus tard d' aller d' elle même en maison de retraite. Je hais les maisons de retraites, c' est des mouroirs pour vieux souvent aigris et attendant la mort.
    Depuis, elle n' a plus de maison, et ce qui nous a toujours émerveillés dans notre jeunesse à disparu du jour au lendemain.
    Les seuls contacts que nous avons avec elle se résument à un appel téléphonique tous les dimanches.
    Je trouve ça trop triste.

    Désolé, le souvenir devait sortir, même si Paris m' a épuisé aujourd'hui, et mon corps et mon âme.
    Mon corps réclame du repos, mais je ne trouve pas le sommeil quand à mon âme....where is my mind ?
    Posté par Nouilles, 03 juillet 2004 à 23:34
  • Mwarf !

    Tu viens de m'offrir mon premier gros fou-rire de la semaine !
    "Engrosser" à la place d'"engraisser"... et de la part d'un garçon... et parlant de sa grand-mère.... je n'aurais pas réglé mes comptes avec la gent "Psy qui se la pète", je me fendrais d'une interprétation freudienne sauvage qui décoiffe...
    Je te soupçonne fortement d'avoir fait exprès pour me dérider.

    Assez d'accord sur les souvenirs qui s'étiolent ou se grippent d'amertume quand les gens qu'on aime se détachent d'un cadre où on les avait toujours inscrits et dans lequel s'enchevêtraient nos souvenirs d'enfance...
    J'ai aussi "perdu" les deux maisons grand-paternelles. Ne restent que la mémoire et les photographies... cristallisation des sensations perdues.
    Posté par Oneiros Thanatos, 03 juillet 2004 à 23:45
  • :)

    Je t' assure que c' était totalement involontaire. Tiens d' ailleurs j' avais même dit "mouroirs" dans le même commentaire. N' aurait il pas fallu avec mon besoin de mots (de mon univers) mettre "mouratoirs" ? ("moratoriums ?")

    En conclusion, je parle bien la France et je suis une vraie femme Barbara Gourde. Qu' alain Chabat me proclame empereur.

    C' est fou ce que je lui ressemble un peu à Alain...
    Posté par Nouilles, 04 juillet 2004 à 10:42

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