Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

24 juin 2004

Les roses de mon père...

 
Elles sont sous mon nez... donc je sens leur parfum et pas vous... et c'est dommage !
 
Mon père avec qui j'ai fait une petite ballade, laissant ma mère torturer de questions mon fiston... "Et qu'est-ce qui te plaît en classe ? Et qu'est-ce que tu fais de tes vacances ? Et pourquoi tu portes des pantalons qui traînent par terre ? Et tu es sûr que ton père te nourrit bien ? Et reprend de la glace mon chéri !"..... Et mon Numa stoïque faisant face courageusement à l'avalanche.... je lui aurais sauté au cou ! Je l'ai d'ailleurs fait mais une fois sortis de l'antre d'Arachné... on a enfin pu mourir de rire nerveux dans la R5 sur le chemin du retour avec NIN à fond les ballons... Ouf !
 
Mon père dont je constate qu'il se voûte de plus en plus et dont le pas se fait plus lent, lui, l'infatiguable arpenteur de montagnes, mon guide initiateur pyrénéen, mon roc de père géographe.
Mon père qui blague sur le fait de ne plus entendre certains sons ou de devoir parfois chercher ses mots une demi-seconde de plus que la veille. Qui blague alors que je sais que c'est pour lui l'angoisse ultime, pour quelqu'un d'aussi intellectuel, d'aussi spirituel : la dégénérescence mentale de l'âge.
Son cancer, il s'en fout.
Il m'a appris à m'en foutre.
Comme je me fous de ce qui germe aussi en moi et que j'accepte comme la capsule de poison de la Reine anarchiste de l'Aigle à deux têtes de Cocteau.
 
Mon père qui m'a prêté Ulysses de Jame Joyce parce que, bizarrement, je ne l'ai pas (ni lu) et qui m'a dit avec ce sourire de connivence qui n'est qu'à nous deux : "Mon chaton, tu sais, il faut vraiment n'avoir rien d'autre en tête... ou à lire... pour se plonger véritablement dedans... tu me diras si tu accroches... curieux de savoir même si je suspecte fortement l'issue du truc..."... et franc éclat de rire conjugué, tous les deux de concert, parce que j'avais compris, qu'il avait compris que j'avais compris et que j'étais ravie et suffoquée comme à chaque fois qu'il comprenne immédiatement que j'ai compris qu'il avait compris que j'ai compris.... des fils d'Ariane entre nous, invisibles chaînes, invisibles flammes, invisibles bras dont nous nous enserrons mutuellement dans le silence et l'apaisement de la compréhension qui ne se dit pas....
 
Mon père qui m'a encore refilé un pot de sa sublimissime confiture d'orange alors que j'en ai déjà plein les étagères.
Mon père qui se gonfle de plaisir quand je lui dis : "Dis, Papa, la prochaine fois que tu les sors les bassines de cuivre, tu voudrais pas me prévenir ? J'aimerais bien être l'unique héritière de ta recette... et t'as pas intérêt à la passer à Fred ou à Fanchon !"
 
Mon père à qui tu ressembles tant et tant, Kotinos.
Troublant effet miroir.
On n'a pourtant pas fait exprès, mon ange....
Je ne m'en suis rendu compte que beaucoup plus tard, de toutes ces concordances, de toutes ces similitudes...
Mais c'est tellement évident que je ne vais pas m'épuiser à nier. Pourquoi nier d'ailleurs ?
Les deux hommes de ma vie se ressemblent étrangement et familièrement... je ne vois là qu'un chemin tout tracé vers l'exactitude de mes désirs, de mes exigences et de mes espérances.
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Posté par Oneiros à 00:43 - Agapè - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Merci

    Merci pour la traduction.....
    Posté par malvi, 24 juin 2004 à 01:32
  • la cyclicité du temps, trés chère amie, la cyclicité du temps...
    les yeux bleus de mon père, dans combien d'amants ai-je voulu les retrouver ? (je mate mon compteur de stats...), bien 90 à 95 % !
    il n'existe pas de coïncidences. seulement quelque manque de réflexion de notre part à nous-même.

    nocturnes pensées...
    Posté par ulysses, 24 juin 2004 à 02:12
  • Jolie relation, je suppose que tu la savoures, et tu as raison, et je suppose que tu sais la chance que tu as, malgré tout, de le connaître, et de vivre ces moments-là, cette complicité-là...

    Quant à ta mère, le "Et pourquoi tu portes des pantalons qui traînent par terre ?" c'est plutôt amusant
    Posté par Ataegina, 24 juin 2004 à 17:44
  • Bonjour, Atae !
    Contente de te lire. Ici comme ailleurs.
    Lu ta dernière note, le portrait en reflet... ça m'a autant bouleversée que la note de la nuit d'avant.
    Au point que je n'ai même pas voulu laisser de commentaire. Ça aurait été trop "à vif"... pas la peine de tomber dans le pathos impudique chez toi alors que je fais ça très bien chez moi... contenons nos dérives et nos nuages de cendres, tant qu'à faire... enfin... les miens toujours !

    Pour une fois que la remarque sur les baggys de surf ne s'adressait pas à moi mais à lui ! Passage de relais...
    Quoique le saloupiot me regarde d'un oeil aussi torve que noir lorsque je m'habille comme lui ou ses copains... gonflé, le gus ! J'avais commencé avant lui, nom d'un chat !
    Posté par Oneiros Thanatos, 24 juin 2004 à 19:10

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