Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

23 juin 2004

Ton ciel, mon âme

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J'ai remis "Bliss".
A fond.
C'est là que je bénis l'intuition qui m'a fait prendre de bons baffles pour l'ordi avec caisson de basse et tout le toutim... même plus besoin de sortir de la chambre. Plus la peine d'allumer la chaîne Dolby Surround 5 enceintes qui trône désormais inutile dans ce séjour sublime que je ne fréquente même plus. Si, si... sublime... vaste, tapis noirs chinois sur carrelage saumoné, murs crème, voilages de lin, calligraphies de Massoudy cerclées de noir, vaste cheminée, meubles exotiques mélangés à du basque ancien et patiné, plantes exubérantes à plus savoir où user de la machette, des livres, des bougies, des livres, des bougies, des livres, des bougies.... Quand j'y rentre pour faire le ménage (bien obligée), j'ai parfois un pincement au coeur. Je n'y vais plus. Je reste dans ma chambre.

Tiens ! Un de ces quatre, pour rire ou si je suis ronde, je ferai des photos ! Et je rangerai même pas avant ! C'est ça qui est drôle...

Mais je sais indistinctement pourquoi j'ai autant de mal à me réapproprier cet espace-là. Il est resté figé sur cette fin d'année où tu occupais mon nid offert.
Je n'ai jamais pu me résoudre à nettoyer la cheminée du dernier feu qu'on y a fait flamber parce que je te vois encore lire dans mon fauteuil juste à côté, cette espèce de grande chose oblongue autant qu'indonésienne, en rotin sombre, pivotant et enveloppant.
L'immense loveuse drapée de sarongs noir et crème, elle m'est devenue infréquentable depuis qu'on y a écouté l'intégralité de la Khovantchina, serrés l'un contre l'autre à la lueur du feu de cèdre.
Les plats remplis de bougies monstrueuses et de galets du gave, je ne les allume plus parce que je me souviens de ton regard affolé à l'idée que ce truc allait prendre feu sans prévenir ou couler sur la table à opium.... tu es tellement ridiculement inquiet de tout, mon amour ! Et ça me fait tellement rire ! Et j'ai tellement de mal à juguler mon hilarité devant tes inquiétudes pour un rien, moi qui me lance dans n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment, avec ou sans élastique... surtout sans.
Et je les aime tellement tes inquiétudes, tes couardises, tes craintes, tes phobies.

Pourtant, la chambre ne devrait pas provoquer moins de résurgences auditives, visuelles ou olfactives.
A croire qu'il fallait à toute force que je réinvestisse un lieu et te laisse toute la place dans d'autres. C'est ce que j'ai fait.
Je n'irai plus jamais à Hossegor.
Je n'irai plus jamais au Guggenheim.

Je sais où je vais maintenant.

Je viens une fois de plus de regarder quel était ton ciel sur la webcam Lausanne, Grand-Pont/Cathédrale/Cité...
Pas 10 minutes sans que j'aille vérifier ce qu'il y a au-dessus de ta tête.
Le ciel y est déchiré entre des nuages orageux et une luminosité blafarde qui gifle les deux tours.
Les Deux Tours ! Quand je pense aux moments de jubilation ironique à visionner ce "machin" sur le PC, en V.O, toi dans mon fauteuil, moi, perchée sur le bureau, à repérer toutes les hérésies jacksoniennes, à défaillir de dégoût devant les nonsens, à rire aux larmes devant les contresens que seuls deux tolkiendili pouvaient repérer...
Mon Annatar, mon Lugburz, ma Tour Sombre, ta destruction est peut-être inscrite dans la cosmogonie de Tolkien et par la grâce de la Valacirca qu'Elbereth a lancé dans le ciel du Nord.... elle ne le sera jamais pour moi et encore moins par moi, quitte à y laisser ma triste peau inutile. Moindre perte en regard du but à atteindre. Le désir vaut le but quand le but est enfoui en nous.

Ton ciel est inquiétant, mon âme.
Triste. Lugubre, même.
Si je pouvais souffler, tel Eole, et chasser ces horribles nuages...
Non. En fait, je sais bien que tu aimes cette impression de fin du monde que donne l'orage qui gonfle et s'amplifie avant l'explosion. Je ne ferai rien. Comme d'habitude.
Juste espérer que ton ciel te rend heureux.

Et j'étais censée parler de tout autre chose, non ?
Tout me ramène à toi. Centrifugeuse de l'âme et hasard des digressions.

Je vais mettre "Bliss" encore plus fort.

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Posté par Oneiros à 21:06 - Agapè - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Pouce !!!

Je rentre tout juste.... encore saoûlée d'avoir vu 3 personnes vivantes et parlantes en même temps.
La tête qui tourne presque.
Et c'est là que je réalise à quel point je suis hors la vie.
Ne plus être capable d'assumer ce genre de truc simple, parler avec ses parents et le fiston adoré, sans se blinder des heures avant, s'y préparer pire qu'un athlète de haut niveau, faire des échauffements à n'en plus finir...

Ouch !
Là, il faut que je laisse refroidir le bolide de compétition factice que j'ai présenté sous les feux de leur rampe, me retrouver dans mon silence et entre mes quatre murs, mes calligraphies, mes bougies, mon donjon.... redevenir moi.

Et puis faire le point et voir quelles sont les impressions qui en restent, faire le tri entre ce qui a été sculpté à l'acide dans le marbre et la poussière d'ailes de papillon qui s'évanouira à la première brise, toute scintillante, toute irisée, toute diaprée qu'elle soit.
Plus tard.
Je tenterai de coucher les lignes et les signes, plus tard.

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Posté par Oneiros à 19:23 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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