Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

07 juin 2004

L'odeur du narcisse

Le mou du chat 
(écoute en cliquant sur le titre ou dans la Discothèque.)

Quand le passé nous saisit
dans ces lieux de vague à l'âme
sous les grands arbres de l'ennui
une lubie nous enflamme
se tendent voiles du pêcheur
dans nos prunelles azurées
nom de Dieu
re'vlà l'heure
de l'emberlificoté

On lit dans le corps des volailles
dans un hachis parmentier
au moment le plus select
on mange le mou du chat
voyant tout ce qui nous distingue
distingue des autres oiseaux
sous les ors de ce bastringue
Oh ba lo ba lo

Un haut le coeur pour le gazoil
dans ce siècle enténébré
au fond de la boue impalpable
on voyage autour d'un chapeau
je t'aime, est-ce que ça te regarde
je vois les choses de mon lit
mon ruisseau tarit l'océan
eh bien tant pis...

Aussi sûr qu'est bleue cette mer
où la mort nous viendra
j'entends déjà morne langueur
dans toute excitante voix
au train où va votre folie
faudra-t-il vous piquer ?
pourtant c'était joli joli
ce ronron des attardés

Car dès lors comme on chante
dans la plaine tous les ans
le moujik a eu son heure
mais a fait peur aux enfants
fraiseuse, broyeuse, aplanisseuse
au gosier de l'animal
Pense à ces milliards d'exemplaires
et touche plus au mou du chat

Dans mon esprit chants délirants
accourent pour me soutenir
au cadavre rose et charmant
je cours chercher de l'eau
Tatiana reprend des couleurs
sous ses fourrures ses colliers
et me v'là dans toutes ces vapeurs
tout emberlificoté

Pris dans cette humeur vagabonde
qui me vient d'outre-océan
aux premiers frissons de l'aube
j'imite le cri du paon
ouf, une odeur de narcisse
me reprend l'âme et le corps
à la mesure de l'envie
alors là d'accord, d'accord

Jean-Louis Murat - Lilith CD1

 

Faites que la boue impalpable se transforme en odeur de narcisse.
Une seconde.
Une seconde renouvelée neuf cent cinquante mille quatre cents fois.
Le temps de tenir bon, de faire semblant, de faire comme si.
Après, tous les cavaliers de l'Apocalypse pourraient charger que je m'en moque comme d'une guigne.

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Parachute

J'ai signé.
J'ai dit oui.
A l'instant.
Boulot à rendre pour le 16.
Ça devrait faire l'affaire... après, il ne me restera plus que 2 jours à tourner en rond comme un jaguar dont ce ne serait jamais le jour...

De quoi m'occuper l'esprit en attendant la chute. 
De quoi ne pas devenir démente alors que je sens déjà monter la spirale aspirante depuis ce matin, depuis que j'ai fait le saut de l'ange.

Si je n'avais pas trouvé cet échappatoire par le travail, je sais que j'aurais fui. Loin. Sûrement trop loin pour revenir cette fois-ci.

Parachute. Parapet. Garde-fou. Garde-folle. Rail de sécurité. Rail d'héro. Héroïne de bazar. Héroïne de roman de gare. Zéro pointé.

J'ai déjà l'impression de baigner dans un lac de sueur froide d'avoir consenti à m'engager sur... un lendemain.
Je me sens sale, stupide, irresponsable, piégée par ma bêtise et la terreur de me retrouver seule face à mon silence têtu ces 11 prochains jours...

Obscénité des promesses, de demain, de la minute qui suit.

 

Ô dieux, donnez-moi la sérénité d'accepter ce que je ne puis changer, le courage de changer ce que je puis et la sagesse d'en connaître la différence.

Marc-Aurèle

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Posté par Oneiros à 17:57 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les jours du jaguar

Le tourment et le désespoir
Remplissent les jours du jaguar
Tout juste bon à garder des oies
Papillotes flottant dans le vent
Sillons et fossés dans son âme
Tout juste bon à garder des oies

Dieu comment capturer un coq
Dans cette trop grande forêt
Me chuchote un bébé féroce
Dis saurons-nous un jour aimer

On use du vagin des pauvres
De tout faisan multicolore
On s'organise en musc en réséda
Ce désert est absurde
Ce bonheur comme un grand sommeil
Où tout s'atomise en musc en réséda

Dieu comment capturer un coq
Dans cette trop grande forêt
Me chuchote un bébé féroce
Dis saurons-nous un jour aimer

Petite guêpe personnelle
Dans l'azur volent nos souvenirs
Descendant peu à peu pour mourir
Je commence à ne rien comprendre
Imagine d'où je t'écris
Descendant peu à peu pour mourir

Dieu comment capturer un coq
Dans cette trop grande forêt
Me chuchote un bébé féroce
Dis saurons-nous un jour aimer

Las, chuchotis à l'artère aorte
Tout le système est avarié

Jean-Louis Murat - Lilith

Pour l'écouter, comme d'habitude on clique sur le lien ICI ou on le retrouve dans la Discothèque.

Il y a de très grandes chances pour que le reste suive tant pour les textes que pour la musique que pour tout un tas d'autres raisons....

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Posté par Oneiros à 13:12 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Retrouver son étoile...

Le petit prince, une fois sur terre, fut bien surpris de ne voir personne. Il avait déjà peur de s'être trompé de planète, quand un anneau couleur de lune remua dans le sable.

- Bonne nuit, fit le petit prince à tout hasard.

- Bonne nuit, fit le serpent.

- Sur quelle planète suis-je tombé ? demanda le petit prince.

- Sur la Terre, en Afrique, répondit le serpent.

- Ah !... Il n'y a donc personne sur la Terre ?

-Ici c'est le désert. Il n'y a personne dans les déserts. La Terre est grande, dit le serpent.

Le petit prince s'assit sur une pierre et leva les yeux vers le ciel :

- Je me demande, dit-il, si les étoiles sont éclairées afin que chacun puisse un jour retrouver la sienne. Regarde ma planète. Elle est juste au-dessus de nous... Mais comme elle est loin !

- Elle est belle, dit le serpent. Que viens-tu faire ici ?

- J'ai des difficultés avec une fleur, dit le petit prince.

- Ah ! fit le serpent.

Et ils se turent.

- Où sont les hommes ? reprit enfin le petit prince. On est un peu seul dans le désert...

- On est seul aussi chez les hommes, dit le serpent.

Le petit prince le regarda longtemps :

- Tu es un drôle de bête, lui dit-il enfin, mince comme un doigt...

- Mais je suis plus puissant que le doigt d'un roi, dit le serpent.

Le petit prince eut un sourire :

- Tu n'est pas bien puissant... tu n'as même pas de pattes... tu ne peux même pas voyager...

- Je puis t'emporter plus loin qu'un navire, dit le serpent.

Il s'enroula autour de la cheville du petit prince, comme un bracelet d'or :

- Celui que je touche, je le rends à la terre dont il est sorti, dit-il encore. Mais tu es pur et tu viens d'une étoile...

Le petit prince ne répondit rien.

- Tu me fais pitié, toi si faible, sur cette Terre de granit. Je puis t'aider un jour si tu regrettes trop ta planète. Je puis...

- Oh ! J'ai très bien compris, fit le petit prince, mais pourquoi parles-tu toujours par énigmes ?

- Je les résous toutes, dit le serpent.

Et ils se turent.

Antoine de Saint-Exupéry

 

C'est étrange. Je n'ai trouvé que ce texte pour conjurer la peur cette nuit.
Est-ce à cause du granit ?
Est-ce à cause des énigmes ?
Est-ce à cause de la solitude des hommes ?

Ce soir, je m'endors sur l'Astéroïde B612, entre des volcans bien ramonés et une rose sous cloche parce que ses quatre malheureuses épines ne peuvent rien pour la protéger des bêtes sauvages.
Ce soir, je glisse en rêves un petit anneau couleur de lune sous mes draps.

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Posté par Oneiros à 02:12 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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