Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

06 juin 2004

J'aurais du lui acheter un parfum...

... au lieu de ça, j'ai opté pour une suspension gigantesque, une floraison bleue sur un feuillage vert sombre.

Pourtant, j'aurais préféré lui offrir un parfum mais je ne supporte plus qu'elle me rétorque, lors de ce genre de cadeau, "Oh ma chérie ! Comme c'est gentil... mais tu sais, il ne fallait pas... je n'en profiterai plus longtemps !" et qu'elle enchaîne avec le traditionnel petit voyage dans sa chambre, ouverture de son armoire avec un air de comploteuse, extirpage d'une énième petite boîte de sous ses piles de draps éternellement parfumés de ses sachets de lavande...
Et là : "Regarde, je t'ai mis ça de côté, je veux que ce soit toi qui l'ait... tu ne veux pas le prendre tout de suite ? Mais si ! Tu sais... je ne sais si je serai là demain !"....

Ma mère.... ma mère et l'annonce de sa disparition imminente dont elle ponctue chacune de nos conversations depuis des années... ma mère qui ne se rend même pas compte à quel point ce peut être pesant pour sa suicidaire et silencieuse de fille.

Ma mère et le sempiternel étalage de ses souffrances, des handicaps de l'âge et de l'amertume qui va avec, de son aigreur envers les bien-portants ou les mieux-portants qu'elle qui, forcément, "ne peuvent pas comprendre ce qu'elle endure"....

Ma mère et son affection douloureuse.
Ma mère qui n'a jamais supporté sa solitude de femme à la santé fragile et la fait payer au prix fort à ceux qui l'entoure.

Ma mère qui me noie sous ses plaintes et à qui je m'interdis de faire part de la moindre de mes errances désespérées.

Ma mère à qui je vais offrir le visage souriant d'une Oneiros lumineuse, pleine d'entrain, avec qui je vais regarder la finale de Roland Garros, dont j'accepterai tout : la glace au nougat, les "reprend un petit gâteau, ma chérie !" toutes les dix minutes sans m'énerver, la rubrique nécrologique du quartier, le récit détaillé façon Vidal du moindre de ses bobos, les récriminations contre mon père "qui est toujours par monts et par vaux", les questions indiscrètes ou personnelles auxquelles il me faudra trouver une parade crédible autant que rapide.

Ma mère qui s'autopersuade que je suis "celle qui lui ressemble le plus" alors qu'on n'a rien en commun et que je préfèrerais mourir sur place plutôt que de lui ressembler ou finir comme elle... sans jamais le lui dire.

Ma mère que j'aime parce qu'elle est aimante même si elle aime mal.

Mon jour le plus long....

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Posté par Oneiros à 11:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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