31 mai 2004
Pour se faire du bien...

Alors pour Sabrina,
Pour la robe blanche à broderies noires qu'elle y porte et que je rêverais d'avoir,
Pour l'affiche de "Breakfast at Tiffany's", le fourreau noir, les gants longs et le porte-cigarette interminable qui souligne encore l'insolence juvénile du sourire,
Pour la Marian de Robin dans "La Rose et la Flèche" de Richard Lester avec Sean Connery,
Pour l'élégance,
Pour les vespas romains,
Pour la douche tout habillé de Cary Grant sous ses yeux ébahis dans "Charade" de Stanley Donnen, film cultissime et ébouriffant d'humour. Lequel Cary le Magnifique clamait d'ailleurs urbi et orbi : "Tout que je veux pour Noël est un autre film avec Audrey Hepburn !"
Voilà.... ça t'a fait un peu de bien, dis ?
Corps et cris...

"Les lobes du cerveau ne sont pas infinis, l'infini non plus, mais il dure !
Je connais un état de l'esprit, de la conscience, de l'être, et qu'il n'y a plus ni paroles ni lettres mais où l'on entre par les cris et les coups.
Et ce ne sont plus des sons ou des sens qui sortent, plus des paroles, mais des CORPS !"
Antonin Artaud
Envie de beauté brune

A la Fête de la Rose, hier, on a baptisé une de ces fleurs du nom de Fanny Ardant.
D'après ce que j'en sais, il semblerait aussi que cette même fleur ait été sacrée plus belle rose de France...
Bizarrement, je m'attendais à ce qu'elle soit d'un rouge écarlate, sanglant... ardent, quoi ! Comme la bouche de la somptueuse en question.
Et bien non ! Elle est d'un rose tendre très pâle, un rose de rêve, à peine ourlée d'une teinte plus soutenue, au coeur d'un blanc rosé... une perfection de délicatesse !
Je trouve ça rassurant qu'on continue d'honorer la beauté en lui dédiant des fleurs et pas des rues ou des porte-avions... ça a l'avantage d'être clair.
En même temps, je me demande pourquoi, dans mon panthéon des belles, il y a une immense majorité de brunes... Ava Gardner, Audrey Hepburn, Fanny Ardant...
Ce doit être mon esprit de contradiction....
Perspex Dome (1)
Elle avait fait de l'inutile la trame de son existence.
Comme un fil conducteur invisible.
La principale difficulté était de n'en rien laisser sourdre à l'extérieur du dome de verre derrière lequel elle observait le monde disparaître, pan après pan.
Toute son énergie, soit le peu qui en subsistait, était concentrée sur cette subtile partie de camouflage.
Parfois, elle s'autorisait une forme de récréation, de pause.
Plonger son regard dans le jade liquide du sphinx noir et or qui partageait sa réclusion. Y puiser un repos réparateur.
Bizarrement, la chatte la laissait faire, lui tendant ses prunelles placides et l'autorisant à s'y noyer autant de temps qu'elle le souhaitait.
Pourtant, les félins considèrent généralement un regard fixe sans ciller comme une marque d'attaque imminente ou de provocation mais, là, miséricordieusement, la bête s'offrait sans résistance au scaner virtuel. Comme si elle avait compris que, telle Gaia pour Antée, elle était l'unique source de régénération qui lui permettait de reprendre des forces.
Alors elle laissait le regard enfin nu se perdre dans le sien, éternellement opaque.
Dissimuler en permanence n'avait pas toujours été aussi épuisant.
Elle y avait longtemps vu comme une forme de jeu ou de partie de bras-de-fer entre elle et les autres. Cache-cache nécessaire mais pas toujours déplaisant.
Plus maintenant.
Etait-ce de la fatigue, de la lassitude, une forme de dégoût ? Toujours est-il qu'elle avait brutalement réalisé que, même face à un miroir, elle portait le regard masqué qu'elle offrait aux autres.
Loup invisible.
Elle n'était même plus capable d'affronter son propre regard nu, dans l'intimité d'une salle de bains ou au hasard d'une vitre lui réfléchissant son image.
Ce jour-là, elle avait pris peur.
(Perspex Dome - Roman aléatoire)


