Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

28 mai 2004

La plus atroce offense

Le 5 Octobre 1938, Cesare Pavese écrit dans son Journal : "La plus atroce offense que l'on puisse faire à un homme c'est de nier qu'il souffre".

Ce n'est pas d'un public qu'a besoin l'homme qui souffre, c'est d'une oreille arrachée au temps présent, d'une présence. Les suicidés de la littérature le disent partout dans leurs écrits.
Mais les livres, les journaux, les lettres et les carnets des écrivains sont dans des bibliothèques, à l'abri des meurtrissures de l'univers.
On ne songe pas à eux lorsqu'on pense au suicide.
On consulte des sociologues, des statisticiens, des psychologues, des médecins, des chimistes.
On compare des courbes, des chiffres, d'une région à l'autre, d'un pays à l'autre. Familles désunies, problèmes d'alcool et de drogues, drames affectifs, abandon scolaire, enfances malheureuses, violence conjugale, problèmes de santé mentale, dépression, détresse existentielle.
Des mots, encore des mots pour couvrir la saleté de la souffrance.
La camoufler en la banalisant, en la maquillant, en l'édulcorant, en l'instrumentalisant et la déformant mille fois.
La travestir en fantôme d'elle-même.
La dernière chanteuse d'une StarAc quelconque qui beugle avec vibrato insupportable (et interminable) dans la voix un "je ne peux vivre sans toi" tout en admirant et surveillant l'effet que ça produit sur son auditoire... du coin de l'oeil...
Un effet de scène sans effet de sens.
Roland Barthes disait déjà : « Ce que le public réclame, c'est l'image de la passion, non la passion elle-même. »

Souffrir ce n'est rien, ce pourrait être grand, être humain.
Ce qui est impossible à chaque humain, c'est de souffrir pour rien, pour personne, même plus pour soi.

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