27 mai 2004
Où lit-on ?
J'ai tenté une aventure à la Indiana Jones, cet après-midi.... je suis allée lire sur mon balcon !
Si, si...
Initiative hasardeuse qui m'a valu confirmation de quelque chose que j'avais déjà remarqué mais sans y avoir vraiment réfléchi : on ne lit pas n'importe quoi n'importe où.
Pour la Fantasy, c'est très clair : le bruit même assourdi de la circulation, les murmures urbains, c'est formellement proscrit quand on se lance dans ce genre de lecture.
La bulle qu'on se construit en pénétrant un monde imaginaire, une créance secondaire, est finalement plus fragile qu'il n'y paraît.
Autant le Royaume des Sept Couronnes était d'une réalité diabolique, lovée dans mon lit, volets à demi-baissés, autant il devenait indistinct, s'évanouissant par bribes, comme s'il était happé par une brume dès que j'ai voulu le lire à l'extérieur.
Je ne parvenais pas à le faire vivre de façon constante, solide.
Quoique ce ne soit pas forcément l'extérieur qui soit coupable mais plutôt la qualité du dit-extérieur. Il faudrait que j'essaie d'aller le lire en montagne pour vérifier ça...
Mais si j'essaie de remonter dans mes souvenirs de lecture, je dois bien avouer qu'aucun qui soit marquant n'a trouvé son décor à l'extérieur.
Les plus forts se sont toujours passés la nuit, également.
Et s'il ne fait pas nuit, je me souviens avoir déjà baissé les rideaux à blocs et allumé des bougies en plein jour, un plein jour d'été éclatant de soleil, pour pouvoir plonger dans le Silmarillion ou la geste de Tùrin ou le lai de Luthien.
Donc : un lit ou le fauteuil de la cheminée pour les lieux. Temps gris ou nuit pour l'ambiance.
Mais pour les autres lectures, je n'ai jamais rencontré ce problème. J'ai toujours deux bouquins dans mon sac au cas où je me retrouverais coincée dans une salle d'attente bondée, deux dans la voiture pour les mêmes raisons... on ne sait jamais...
Et je n'ai jamais de mal à rentrer dans "Le partage de midi" de Claudel ou "Bérénice" de Racine si je suis obligée d'attendre dans ma R5 !
Pourtant, a priori, il est aussi difficile de faire vivre Mesa et Ysé ou la Rome antique et Antiochus que la Terre du Milieu ou des dragons, non ?
Le Trône de Fer
Réveillée trop tôt mais fraîche et dispose (et vive l'Aspegic1000 au coucher ! Souverain parapet et miraculeuse béquille préventive contre les gueules de bois annoncées... et donc absentes !).
Temps gris mais sans ostentation, un gris laiteux, un gris pas déprimant... un gris perle doux, apaisant.... le gris idéal pour lire.
Et quand j'ai fait mon overdose de crapulerie en ce bas-monde, je n'ai qu'un seul calmant efficace : de la Fantasy.
Le Trône de Fer est une saga, jouant sur le clavier du baroque, de la fantasy classique, avec comme un souffle qui rappelle les Rois Maudits de Druon.
Une écriture puissante, luxuriante, incroyablement énergique.
L'auteur en est George R.R. Martin.
Depuis ce matin, je cours les bois avec les loups de la Maison Stark, je vole avec les dragons de Daenerys, je jubile à décrypter les stratégies subtiles de Tyrion, nabot difforme à l'intelligence supérieure...
Ce qu'il y a de bien avec la fantasy, c'est qu'on y perd tout repère, toute référence à notre propre monde.
Souvent, je me dis que rien ne peut m'y atteindre, que j'y suis à l'abri.
Rien ne me rappelle la laideur de ce monde-ci. Et je n'y amène jamais mes peurs.
Je retourne donc au chaos qui secoue le Royaume des Sept Couronnes... avec délice....
Même pas envie de sortir... de toutes façons, il n'y a pas de dragons à rencontrer au-dehors ! Ce serait donc une perte de temps...
La Tarentule
La nébuleuse de la Tarentule est la plus active et la plus incontrôlable de toutes les galaxies existantes (si tant est que quoique ce soit puisse être contrôlable en ce domaine !).
Pas du tout bizarrement, ça se voit... et ça me rassure !
Rien que pour ces couleurs, je me liquéfie....
Et rien que pour ces couleurs-là, Elbereth l'Enflammeuse d'Etoiles, les fait siennes,...
EDIT à pas d'heures pour les dingomaniaques de sindarin :
A Elbereth Gilthoniel,
O Elbereth Star-kindler
Ô Elbereth Enflammeuse d'étoiles
silivren penna míriel
(white) glittering slants down sparkling like jewels
scintillant (blanc) décline étincelant comme des joyaux
o menel aglar elenath !
from [the] firmament [the] glory [of] the star-host !
depuis [le] firmament [l']éclat [de] la foule des étoiles !
Na-chaered palan-díriel
To-remote distance far-having gazed
Vers [le] lointain ayant regardé au loin
o galadhremmin ennorath,
from [the] tree-tangled middle-lands,
depuis [les] terres du milieu emmaillées d'arbres
Fanuilos, le linnathon
Fanuilos, to thee I will chant
Fanuilos, pour toi je chanterai
nef aear, sí nef aearon !
on this side of ocean, here on this side of the Great Ocean !
de ce côté de [l']océan, ici de ce côté du Grand Océan !



