Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

18 mai 2004

Love will tear us apart

Il y a 24 ans, le 18 mai 1980, Ian Curtis se pendait dans sa cuisine.

Il avait 23 ans.

 

Love will tear us apart

When the routine bites hard
and ambitions are low
And the resentment rides high
but emotions won't grow
And we're changing our ways,
taking different roads
Then love, love will tear us apart again (4)

Why is the bedroom so cold
Turned away on your side ?
Is my timing that flawed,
our respect run so dry ?
Yet there's still this appeal
That we've kept through our lives
Love, love will tear us apart again (4)

Do you cry out in your sleep
All my failings expose ?
Get a taste in my mouth
As desperation takes hold
Is it something so good
Just can't function no more ?
When love, love will tear us apart again (4)

Joy Division - "Substance"

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C'est bien plus beau lorsque c'est inutile...

Avant d'aller dormir au creux de ma nuit "talismanique", je ne sais pas pourquoi j'ai pris "Cyrano de Bergerac"... ou je ne le sais que trop !

C'est au choix, en ces cas-là, après être restée trop longtemps à fixer l'image webcam de sa nuit, celle qui glisse lentement dans son ciel, observant la montée de ses étoiles et l'imaginant les contempler comme moi, la même pensée jumelle en tête... Cyrano ou Bérénice... parfois l'Aigle à deux têtes... bien sûr...

Et comme les mots de Rostand disent bien le contraire de ce qu'ils proclament.

Comme c'est beau l'amour dit ainsi.
Comme c'est grisant autant de ciselures dans un moment qui se veut tout d'élan jaillissant, les mots de la passion se bousculant plus vite que la pensée qui les anime, cette fièvre qui se dit avec autant de précision.

ROXANE
Mais l'esprit ?...

CYRANO
J'en ai fait pour vous faire rester
D'abord, mais maintenant ce serait insulter
Cette nuit, ces parfums, cette heure, la Nature,
Que de parler comme un billet doux de Voiture !
-Laissons, d'un seul regard de ses astres, le ciel
Nous désarmer de tout notre artificiel
Je crains tant que parmi notre alchimie exquise
Le vrai du sentiment ne se volatilise,
Que l'âme ne se vide à ces passe-temps vains,
Et que le fin du fin ne soit la fin des fins !

ROXANE
Mais l'esprit ?...

CYRANO
Je le hais, dans l'amour ! C'est un crime
Lorsqu'on aime de trop prolonger cette escrime !
Le moment vient d'ailleurs inévitablement,
-Et je plains ceux pour qui ne vient pas ce moment !
Où nous sentons qu'en nous une amour noble existe
Que chaque joli mot que nous disons rend triste !


ROXANE
Eh bien ! si ce moment est venu pour nous deux,
Quels mots me direz-vous ?


CYRANO
Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,
Sans les mettre en bouquets : je vous aime, j'étouffe,
Je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop ;
Ton nom est dans mon coeur comme dans un grelot,
Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne,
Tout le temps, le grelot s'agite, et le nom sonne !
De toi, je me souviens de tout, j'ai tout aimé
Je sais que l'an dernier, un jour, le douze mai,
Pour sortir le matin tu changeas de coiffure !
J'ai tellement pris pour clarté ta chevelure
Que, comme lorsqu'on a trop fixé le soleil,
On voit sur toute chose ensuite un rond vermeil,
Sur tout, quand j'ai quitté les feux dont tu m'inondes,
Mon regard ébloui pose des taches blondes !


ROXANE, d'une voix troublée
Oui, c'est bien de l'amour...

CYRANO
Certes, ce sentiment
Qui m'envahit, terrible et jaloux, c'est vraiment
De l'amour, il en a toute la fureur triste !
De l'amour, -et pourtant il n'est pas égoïste !
Ah ! que pour ton bonheur je donnerais le mien,
Quand même tu devrais n'en savoir jamais rien,
S'il ne pouvait, parfois, que de loin, j'entendisse
Rire un peu le bonheur né de mon sacrifice !
-Chaque regard de toi suscite une vertu
Nouvelle, une vaillance en moi ! Commences-tu
A comprendre, à présent ? voyons, te rends-tu compte ?
Sens-tu mon âme, un peu, dans cette ombre, qui monte ?...
Oh ! mais vraiment, ce soir, c'est trop beau, c'est trop
doux !
Je vous dis tout cela, vous m'écoutez, moi, vous !
C'est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,
Je n'ai jamais espéré tant ! Il ne me reste
Qu'à mourir maintenant ! C'est à cause des mots
Que je dis qu'elle tremble entre les bleus rameaux !
Car vous tremblez ! car j'ai senti, que tu le veuilles
Ou non, le tremblement adoré de ta main
Descendre tout le long des branches du jasmin !

(Il baise éperdument l'extrémité d'une branche pendante.)

ROXANE
Oui, je tremble, et je pleure, et je t'aime, et suis tienne !
Et tu m'as enivrée !

CYRANO
Alors, que la mort vienne !
Cette ivresse, c'est moi, moi, qui l'ai su causer !
Je ne demande plus qu'une chose...

... Et Christian de rompre le charme dans tout l'élan de sa jeunesse sûre d'elle, toute la précipitation de sa beauté triomphante, en réclamant un baiser !

 

Regarde-moi bien, Camarde !
Comme Cyrano, je te le dis bien en face :

"Que dites-vous ?... C'est inutile ?... Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
Non ! non, c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !

... Que je pactise ?
Jamais, jamais !"

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Posté par Oneiros à 23:12 - Agapè - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Eros et Agapè

"Nous ne pouvons aimer personne sans vouloir automatiquement le prendre dans notre coeur, alors que l'être est de donner du coeur à ceux que l'on aime sans les ramener jamais à soi, et comment donner du coeur pendant l'éternité ?"
Antonin Artaud

Eros et Agapè, l'amour de soi et l'amour de l'autre.
Divine union de deux étrangers acharnés à se contredire. Et à se fondre ensemble si leur rencontre aboutissait.

Dans son journal, Pavese écrivait aussi : "Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer ta faiblesse, sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force."

L'amour, c'est la toute puissance absolue qui refuse de s'exercer.
C'est le contraire de la domination.
Pas forcément de la violence.
Mais une violence qui protège de l'hébétude de l'esclavage et du cortège macabre des compromissions.

Eros et Agapè, traînées phosphorescentes de toi qui illuminent la nuit de l'éloignement et du manque.
Invisibles chaînes qui me font briller.

Vole, mon ange, je continue de t'éclairer de loin pour que tu ne tombes pas...

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Posté par Oneiros à 18:28 - Agapè - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

"Au silence de celle qui laisse rêveur..."

"J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable, je fixais les vertiges."
Arthur Rimbaud

Modulations du silence.
Miroitement du vide.
Scansion du silence qui martèle le blanc et demeure au creux des mots.
Ponctuation qui rend visible le tracé invisible de la voix.
Entre écriture et silence, cette étrange, cette mystérieuse, cette douce complicité.
Ce point à la limite du rien et du quelque chose d'intense mais de retenu.

La parole enfouie au plus profond de nous, farouchement ancrée à sa part de silence pour y garder, tel un dragon, cet irréductible noyau de l'être.

Part innommable du silence vivant que, Dagerman l'écrivit, nulle hâche ne peut entamer. 

"Figure de femme, sur son sommeil
fermée, on dirait qu'elle goûte
quelque bruit à nul autre pareil
qui la remplit toute.

De son corps sonore qui dort
elle tire la jouissance
d'être un murmure encor
sous le regard du silence."
Rainer Maria Rilke - Oeuvres poétiques et théâtrales.

 

Amour, mon silence est pour toi, pure présence d'un rien où tu es tout, où toi seul fait sens.

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Posté par Oneiros à 16:23 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les nuisibles

"Pourquoi tu ramènes tout à la rue ? Si c'est la vraie vie pour toi, restes-y..."

Phrase lue au détour d'un blog dans la nuit de samedi.
Je ne citerai même pas l'auteur : pas la peine de faire de la publicité gratuite à une déjection sur pattes. Même une crotte de chien (de SDF comme il se doit) me semble moins nauséabonde.

Tu apprécies comme il se doit, dis, ulysses ?
Ton hiver 97, mon printemps 98... identiques ou semblables, je crois bien.

Alors j'ai digéré. Tant bien que mal.
Plutôt mal mais j'ai l'habitude de la saloperie humaine.
Un entraînement d'athlète de haut niveau, même !

Et puis je me suis dit que j'avais suffisamment de raisons de vouloir en finir sans, en plus, avoir à supporter ceux que j'ai toujours appelés les nuisibles, dans le sens où l'entendait Audiard.

Ce blog prend donc la forme qu'il avait dès le départ dans mon esprit.
J'écris pour moi.
Et pour lui. Pour l'honorer comme il se doit et comme il le mérite.
Pour désengorger le trop plein de la tumeur quand la production de métastases s'emballe.
Pour ne pas en étouffer prématurément et tant que je ne l'aurais pas décidé, en conscience.

Pour dire qu'aimer au point de préférer s'amputer d'un tel amour pour ne pas risquer, un jour, de faire souffrir l'autre, d'être sa perte, de gâcher sa vie, sa vie à lui...
... S'amputer de lui, sans même qu'il ne le sache, dernier cadeau secret, c'est ça aimer.

Et certainement pas cette forme d'amour-propre (amour sale en l'occurrence) qui consiste à choisir son bien plutôt que vouloir le bien de l'autre avant toutes choses.

A tout prix.
Quitte à en crever.

C'est de toi, mon âme, que je parle.
Toi, à nul autre pareil.
Le monde me semble peuplé de nains depuis que tu n'es plus sur ma ligne d'horizon.

Si au moins j'étais certaine d'avoir fait le bon choix...
Si j'étais sûre que tu continueras à grandir et à te déployer, hors de mon ombre portée et à l'écart des cimetières.

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Posté par Oneiros à 00:50 - Agapè - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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