10 mai 2004
No Natural Killer Cells
Ô mon Bien ! Ô mon Beau ! Fanfare atroce où je ne trébuche point ! Chevalet féerique ! Hourra pour l'oeuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois ! Cela commença sous les rires des enfants, cela finira par eux. Ce poison va rester dans toutes nos veines même quand, la fanfare tournant, nous serons rendus à l'ancienne inharmonie. Ô maintenant, nous si dignes de ces tortures ! rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite à notre corps et à notre âme créés : cette promesse, cette démence ! L'élégance, la science, la violence ! On nous a promis d'enterrer dans l'ombre l'arbre du bien et du mal, de déporter les honnêtetés tyranniques, afin que nous amenions notre très pur amour. Cela commença par quelques dégoûts et cela finit, - ne pouvant nous saisir sur-le-champ de cette éternité, - cela finit par une débandade de parfums.
Rire des enfants, discrétion des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d'ici, sacrés soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commençait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace.
Petite veille d'ivresse, sainte ! quand ce ne serait que pour le masque dont tu nous as gratifié. Nous t'affirmons, méthode ! Nous n'oublions pas que tu as glorifié hier chacun de nos âges. Nous avons foi au poison. Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours.
Voici le temps des Assassins.
Arthur Rimbaud - Matinée d'ivresse - Les Illuminations
Natural Killer Cells :
Définition [MeSH Scope Note ; traduction CISMeF] : Cellules responsables de la cytotoxicité spontanée d'une variété de cellules de tumeur sans immunisation antérieure. Ces cellules tueuses naturelles sont trouvées chez les humains et les animaux de laboratoire non immunisés et sont pensées par certains pour être identiques aux CELLULES TUEUSES (massacre par cytotoxicité dépendante des anticorps de cellules), mais elles peuvent également tuer en l'absence d'anticorps.
Synonyme(s) MeSH : Cellule NK.
J'ai choisi Rimbaud.
Corps et biens
De la rose de marbre à la rose de fer
La rose de marbre immense et blanche était seule sur la place déserte où les ombres se prolongeaient à l'infini. Et la rose de marbre seule sous le soleil et les étoiles était la reine de la Solitude. Et sans parfum la rose de marbre sur sa tige rigide au sommet du piédestal de granit ruisselait de tous les flots du ciel. La lune s'arrêtait pensive en son coeur glacial et les déesses des jardins les déesses de marbre à ses pétales venaient éprouver leurs seins froids.
La rose de verre résonnait à tous les bruits du littoral. Il n'était pas un sanglot de vague brisée qui ne la fît vibrer. Autour de sa tige fragile et de son coeur transparent des arcs en ciel tournaient avec les astres. La pluie glissait en boules délicates sur ses feuilles que parfois le vent faisait gémir à l'effroi des ruisseaux et des vers luisants.
La rose de charbon était un phénix nègre que la poudre transformait en rose de feu. Mais sans cesse issue des corridors ténébreux de la mine où les mineurs la recueillaient avec respect pour la transporter au jour dans sa gangue d'anthracite la rose de charbon veillait aux portes du désert.
La rose de papier buvard saignait parfois au crépuscule quand le soir à son pied venait s'agenouiller. La rose de buvard gardienne de tous les secrets et mauvaise conseillère saignait un sang plus épais que l'écume de mer et qui n'était pas le sien.
La rose de nuages apparaissait sur les villes maudites à l'heure des éruptions de volcans à l'heure des incendies à l'heure des émeutes et au-dessus de Paris quand la commune y mêla les veines irisées du pétrole et l'odeur de la poudre. Elle fut belle au 21 janvier belle au mois d'octobre dans le vent froid des steppes belle en 1905 à l'heure des miracles à l'heure de l'amour.
La rose de bois présidait aux gibets. Elle fleurissait au plus haut de la guillotine puis dormait dans la mousse à l'ombre immense des champignons.
La rose de fer avait été battue durant des siècles par des forgerons d'éclairs. Chacune de ses feuilles était grande comme un ciel inconnu. Au moindre choc elle rendait le bruit du tonnerre. Mais qu'elle était douce aux amoureuses désespérées la rose de fer.
La rose de marbre la rose de verre la rose de charbon la rose de papier buvard la rose de nuages la rose de bois la rose de fer refleuriront toujours mais aujourd'hui elles sont effeuillées sur ton tapis.
Qui es-tu ? toi qui écrases sous tes pieds nus les débris fugitifs de la rose de marbre de la rose de verre de la rose de charbon de la rose de papier buvard de la rose de nuages de la rose de bois de la rose de fer.
Robert Desnos
"Les Ténèbres", XXIV - Extraits de Corps et biens (1930)
La minute nécessaire de lucidité...
|d|a|v|d|u|f|.|n|e|t| change de peau...
|d|a|v|d|u|f|.|n|e|t|, c'est le site de David Dufresne, ex (très très ex !) de Libé,
Ce type-là, ça me fait du bien de le lire. Parfois du mal mais du mal qui fait du bien.
Je suis pas claire ? Normal... lui non plus, pas toujours...
J'aime son esprit, son humour, les moments où "Yoplaboum !", les moments où "P'tain, je les hais !", les moments où "Bof... m'en fous de tout...".
Il a aussi un blog assez croquignolet dans son genre, une liste de liens où je ne jette quasiment rien, une liste de bloggs qui m'a alimentée en lecture pendant des mois voire des années...
C'est pas un mec : c'est ma Samaritaine !
Si vous partez de chez lui, vous pouvez passer des journées entières à découvrir des coins de Toile formidables, voire "supercalifragilistispecialidocious", en sauts de puce qui aurait abusé des amphets.
Ben voilà.... nous sort un nouvel habillage tout pimpant mais il va falloir que je m'habitue et que je mette ma tendance à la nostalgie dans la poche avec le mouchoir roulé en boule par-dessus... que je résiste aux sirènes réacs du "Bah.... c'était mieux avant, ma brav' dame !"... que je m'y retrouve mes petits, mes oeufs dans leur nid, mes repères de chasse au trésor...
En tout cas, c'est mieux que du Physiomer pour vous laver les yeux des conneries libéralo-madelinistes des requins de l'économie numérique qui se la jouent "aware" au risque d'être aussi ridicules qu'un Van Damme...
Je me souviens
Je me souviens du Guggenheim de Bilbao avec lui.
Les images me sont revenues à l'instant.
Les images, les sons, les odeurs, tout.
Je me souviens de la douce chaleur des tuiles de titane dans la paume de ma main, d'un rose doré sous le soleil couchant.
Je me souviens avoir pensé qu'elles avaient la même douceur que son front de dormeur au matin.
Je me souviens des minutes interminables que nous avons passé devant un ivoire de Rubens, représentant Eros et Psyché enlacés, nos oriflammes, notre miroir d'Orphée.
Hébétés devant une délicatesse à vous déchirer le coeur. Silencieux. Parfaitement unis dans une même adoration.
Je me souviens du retour vers la villa océane qui nous servait d'étape et de la nuit à parler et se remmémorer encore et encore tout ce que nous avions vu et tout ce que ça avait réveillé en nous de connivence indestructible, d'assentiment profond, inné et tacite entre nous.
Comme un pacte, un serment renouvelé, la coupe d'Isolde.
Je me souviens qu'on écoutait Prokofiev et Mussorgsky et Bach, serrés l'un contre l'autre sur le canapé du séjour.
Je me souviens de la saveur incroyable de nos larmes de joie.
EDIT rapide : Juste pour sourire un peu.... mais demain j'essaierai de trouver des photos du Gug qui soient fidèles à ma mémoire des couleurs... post special dédicace à une oeuvre architecturale hors du commun !
En attendant... la voilà, la bestiole... et le ciel d'Euskadi avait la même couleur... Signé Gorri Beltz ;)

Et la couleur exacte du titane quand nous en sommes sortis, saoûls de beauté...



