Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

03 mai 2004

"Mouvement et courage", qu'ils disent...

Concernant le "débat" entendu sur l'émission "Ripostes" d'Arte, hier dimanche, c'est au "discours" que je voudrais m'attaquer, aux "mots".
Les mots sont importants.
Et ceux entendus hier commencent à me faire monter la moutarde au nez comme jamais.
Je n'ai pas les outils "intellectuels" ou culturels pour une analyse purement économique (quoique je ne vois pas trop comment on peut séparer le politique de l'économique) donc je me cantonne à ce que je sais faire : le billet d'humeur. De très mauvaise humeur.

Nous avions donc un représentant vibrionnant de ce cher gouvernement défenseur en vrac de la veuve, de l'orphelin, de la France d'en bas et de la fracture sociale qu'elle est pas belle, le même qui s'est pris la ratatouille que l'on sait aux dernières élections, le Coppé chaffouin et survolté.
Soyons justes : ratatouille ou pas, il faut bien dire qu'ils se sont assis dessus avec la grâce pesante du chat d'Alice au Pays des Merveilles ! "Des élections ? Ah bon ? Où ça ? Quand ça ?"...
Et dans ces cas-là, on ne peut pas dire que ça bouillonne d'imagination ! "Le peuple ne nous plaît pas ? Changeons le peuple !"
Ben voyons !

Et comment donc va-t'on le changer ce peuple qui nous empêche d'aller où l'on veut ? Hein ?
Simple.
C'est une question de vo-ca-bu-lai-re !!!!!!

"Courage et mouvement", donc.
La nouvelle antienne.
Je suppose qu'il y a eu des brainstormings d'enfer dans les couloirs cossus de nos palais nationaux pour dégotter la formule qui tue.
Sauf que....

Sauf que "mouvement" n'est que la resucée d'un mot qui semble maintenant sentir le souffre tant il s'est traduit par encore plus de fracture sociale, encore plus de précarité, encore plus de populations jetées dans le maelstrom des délocalisations, dégraissages et autres "ajustements conjecturels" pour faire plaisir aux veuves écossaises des fonds de pensions américains ou pas... "mobilité".
Vous ne vous souvenez pas ? Mais si voyons !
Il y a peu, on vous serinait sur tous les tons qu'il fallait être mobile, suivre le travail où il était, ne pas se laisser encroûter dans un emploi à vie, bouger que diable !
Mais quand Coppé parle de "bouger" avec ce sourire carnassier qui n'appartient qu'à lui, sait-il, l'empaffé, ce que ça signifie vraiment pour la grande majorité des pauvres diables sur qui ça tombe ?
Le Pineau-Valenciennes moisi et son porte-serviettes Coppé d'hier, quand ils parlent de "mouvement", ce que leur pauvre imagination est capable de concevoir au maximum, c'est le déplacement d'un cadre moyen avec prime substancielle de déménagement à la clé, aides en tout genre, Madame qui suit sans difficultés si elle ne travaille pas et recherche de la meileure école du coin pour l'inscription des gamins ("Y-a t'il un centre d'équitation valable au moins?")...

Le "mouvement", pour la majorité des gens qui y sont contraints, c'est se faire virer comme un mal-propre de l'usine dans laquelle on a bossé depuis qu'on a 16 ans, c'est ne pas retrouver de travail dans sa région parce qu'on n'a jamais fait que ça, qu'on n'a jamais bénéficié d'une autre formation. C'est se retrouver avec les traites d'un pavillon qu'on a acheté parce qu'on vous a poussé à devenir "proprio" ("Faut consommer, les gars ! Quand le bâtiment va, tout va ! Achetez du Bouygues !"). C'est se retrouver coincé dans une situation infernale parce que si on trouve un boulot à 100 ou 200 bornes de là, c'est votre époux/épouse qui doit quitter son emploi en étant quasiment certain de ne pas en retrouver un (d'autant qu'il/elle n'aura même pas droit aux ASSEDIC pour se retourner vu qu'il/elle aura démissionné !). C'est vendre la baraque ou l'appart, quitter et détruire son tissu social, relationnel, familial, et se retrouver avec un seul salaire au lieu de deux... ou un divorce !
Ou alors, quand vous vous retrouvez à l'ANPE de votre coin, c'est affronter le regard vaguement méprisant du recruteur ou du conseiller en face de vous lorsque vous lui dites que "Non, désolée, je ne peux pas accepter le poste que vous me proposez à 60 ou 100 bornes de chez moi parce que j'ai 3 gamins, pas les moyens de me payer une gouvernante à domicile, ni les frais de déplacements qui vont me sucrer le 1/3 du SMIC de merde que vous me proposez, un mari qui bosse, pas envie que mes gosses se retrouvent à la rue livrés à eux-même" (ça vous devient du sauvageon en moins de deux et après on vous dit que les parents sont tous des salauds de démissionnaires !)... "Koââââââ ? Mais vous ne voulez pas BOUGER ? Mais vous n'avez pas entendu Saint Coppé et son "mouvement" ? Mais savez-vous ce que c'est que le COURAGE, petite madame ?"...

C'est ÇA, le "mouvement", pour ceux que ce brave Coppé stigmatise d'un "M'enfin" ! Il faut retrouver la valeur du courage !".

Et là, c'est pas encore le pire mais ça pourrait le devenir très vite ! Ça fait déjà bien longtemps que des millions d'américains (Eh oui ! Même eux ! Et les anglais itou ! Mais on ne vous sort que les chiffres du chômage soit-disant inférieur au nôtre sans vous expliquer ce que ça recouvre et ce que sont les "emplois" occupés !), américains dont on ne parle jamais et qui vivent dans des caravanes pour le suivre à la trace ce sacré mouvement, cet insaisissable travail !
Coppé aux yeux bleus suitant d'hypocrisie, il ne conçoit le "mouvement" qu'en TGV entre Montparnasse et la Part-Dieu, le Nokia vissé à l'oreille et le portable IBM sur les genoux !
Mais le mouvement en mobil home ou en chambre de bonne avec vie de famille massacrée, gosses foutus, conjoint désespéré, ça, faut pas trop lui en demander !

Vous ne bougez pas ? Z'avez pas d'courage, pauvre déchet qui vivez dans le siècle passé !
Coppé, lui, il vit dans notre siècle, il s'en goinfre, il s'en délecte, il s'en gave !

Rhââââââââ ! Mais que c'est bon, le courage !!!!!!!

Mais s'ils étaient logiques, au moins !
Quand on fout en l'air le tissu social d'une population entière, on s'arrange au moins pour essayer de colmater les dégâts. Que non !
Moins de dépenses publiques ! Moins d'impôts ! Moins de crèches, moins de profs, moins d'écoles !
Ben voyons.....
On vous explique benoîtement que moins d'impôts, c'est plus de consommation et que c'est très bien comme ça. Mais pour qui ?
Acheter de la baraque, de la grosse bagnole, de l'équipement multi-media ou robotique, c'est bon pour ceux qui ne BOUGENT PAS, du schnock !
Tu veux m'expliquer comment ce salaud d'ouvrier qui veut déjà pas bouger, il va s'y prendre pour acheter la télé 16/9 Dolby Surround mega hyper hipe vu qu'elle rentrera même pas dans sa chambre de bonne de délocalisé ?

Alors le "courage" de parasites qui se mangent des 4000 balles de thé Fauchon par jour.... tu sais ce que j'en pense, mon petit Coppé ?
Va faire un tour à Lidl ou Leader Price voir ce qu'ils consomment les "immobiles", les "pas courageux".... Vas-y.... tu pourras continuer à traiter les pauvres avec le mépris et la morgue qui te caractérisent si bien, en connaissance de cause...
"Comment ??????? Vous n'achetez pas notre faux-filet bien français ? Vous préférez les coquillettes ? Mais faut CON-SOM-MER qu'on vous dit !!!!!!".

Salaud de peuple..... Coppé aura ta peau...

PS : si la rage ne passe toujours pas, demain je vous fais le sketch de "LA réforme".

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