Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

19 avril 2004

Adresse aux vivants...

... sur la mort qui les gouverne et l'opportunité de s'en défaire"
Raoul Vaneigem

Il n'est pas facile de s'éprendre chaque jour de la vie à créer quand chaque jour prédispose à la fatigue, au vieillissement, à la mort. Et l'intelligence de soi est assurément la chose la moins partagée dans une époque qui ne conçoit l'intelligence qu'en la science de parfaire son absurde et croissante inadéquation au vivant.

Vivrais-je pleinement selon mes désirs qu'il ne se mêlerait pas au plaisir d'écrire pour m'éclairer sur le plaisir de vivre mieux - seul usage de l'écriture auquel je prenne agrément - tant de peurs et de doutes issus de compatibilités qui me sont étrangères et me rendent étranger à moi-même.

En revanche, il n'est rien qui m'exalte comme la clarté du choix qu'à chaque instant je pose à travers le dédale des contraintes, et qui est le parti de miser le tout pour le tout sur la quête inlassable de l'amour, de la création et de la jouissance de soi, hors de quoi je ne me reconnais pas de destinée qui vaille.

(...)

L'opinion selon laquelle l'idée du bonheur est partout et sa réalité nulle part montre assez qu'il n'y a pour chacun de préoccupation plus importante que d'identifier ses désirs et d'accorder sa destinée à l'exercice constant de sa volonté de vivre. L'oeuvre exige la patience et la persévérance de l'alchimiste, épurant la vie de ce qui la nie et se dépouillant lui-même du négatif jusqu'à n'être plus, par la force du désir, que la présence du vivant.

S'étonnera-t-on que la quête de la jouissance implique une attention et un effort de chaque instant, alors que nous n'avons jamais appris que les vertus du sacrifice et du renoncement, où la puissance de vie s'étiole en capacité de travail ? Tout le savoir du monde ne nous a induits qu'à nous emparer de choses mortes et à mourir en elles parce qu'elles s'emparaient de nous.

Dites, après cela, que la vie se défend très bien toute seule, mais précisez au moins qu'il s'agit préalablement de la reconnaître en soi, d'accueillir ce qu'elle offre, de la libérer de ses entraves quotidiennes, de la rendre à un état d'innocence où elle aille enfin de soi.

(...)

La mort ne vient que de la mort tolérée à longueur de jours et de nuits. La cassure de notre temps, c'est que la négation de la vie commence à s'y nier, c'est que le désir se découvrant avant toute chose découvre un monde à créer. La révolution du vivant est là, elle est seule qui soit et si la hantise de la mort persiste à l'occulter, nous savons maintenant qu'il y a pour la révoquer en nous et autour de nous une passion croissante de désirer sans fin.

Il y a un nombre incalculable de choses que je ne comprend pas mais parmi elles, la jouissance que me procurent les textes d'un Raoul Vaneigem ou d'un Michel Onfray est un mystère que je ne parviens pas à percer.

Leur pensée, leur philosophie est toute tournée vers la lutte, le refus d'un asservissement, le "non" radical à toute morbidité, qu'elle soit extérieure à nous ou intérieure et intime.
Et tout aussi radicalement, malgré l'adhésion intellectuelle qu'ils suscitent en moi, je dis "non" à ce souffle de vie combattante.

J'aurais voulu ! J'aurais vraiment voulu ! J'ai même essayé avec lui, pour lui.
Mais non...
Le sens de ma vie a disparu et toute notion de combat avec lui.
A un point tel que le combat lui-même me semble obscène.

J'ai entendu une phrase l'autre jour, je ne sais plus où. Ça donnait à peu près ça :

"Si la vie avait un sens, on choisirait l'autre."

Qu'est-ce qui est finalement le plus tragique ? Que la vie n'ait pas de sens ou que si elle en a un, on choisisse toujours d'aller à rebours, de prendre la "mauvaise voie" ?

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