Kotinos Ghost

... ou les fragments d'Oneiros Thanatos

"Je crois à s'arracher le coeur comme on dégoupille une grenade"

18 avril 2004

Ses mots comme des lianes de volubilis...

Je m'en doutais....

Goût amer dans la bouche que nulle eau n'arrive à effacer. Contre-coup ou récompense pour le saut dans le vide qui précédait...

Et comme j'ai décidé de ne plus plonger dans les vapeurs alcoolisées du rosé frais ou du Jurançon doux au moindre signe de tempête qui se lève dans mon crâne, pas plus que dans les pilules du bonheur abrutissant, mes Treets de la mort qui tue pour de vrai, j'aurai du mal à trouver mon père Hypnos si je ne panse pas cette plaie-là de l'onguent suave du souvenir heureux.

Je me souviens très précisemment du moment où je suis "tombée en amour" et où, comme dédoublée par la grâce d'un hologramme intrigué et curieux, je me suis regardée tomber.
Avec jubilation. Avec exaltation.

Des mots. Ses mots. Son Verbe.
Tomber amoureuse d'une idée, d'un propos, d'un style, d'une grâce, d'une pensée que l'on devine jumelle. Pas identique mais semblable. Soeur étrange de l'âme.
L'Amour et l'Âme... Eros et Psyché renaissant sous des yeux avides qui ne peuvent plus lâcher l'écran du regard.
Quel délice que cette découverte, que ce parcours initiatique, dans l'ombre, cachée.
Et quelle fièvre que de découvrir qu'à l'autre bout de tous ces câbles numériques, tous ces faisceaux satellitaires, tout ce parasitage moderne, le parcours a été le même pour l'autre. Sans qu'on le sache, sans qu'on le devine, avant même qu'on se croise vraiment ou que l'on échange à l'ombre d'un forum, comme sous les myrtes ou les sycomores d'un poème de Nerval.

Tomber en amour pour une âme, un pur esprit.
Je n'ai rien connu d'aussi puissant, d'aussi définitif, d'aussi irrémédiable.
Rien ne peut entacher la perfection de ce souvenir, l'incroyable ivresse de cet horizon qui s'ouvre comme un océan de promesses indomptées.

Plus tard, tellement plus tard, enfin dans les bras l'un de l'autre, nous avions pu nous remémorer ces instants de grâce pure et leur souvenir étaient d'une telle intensité, que près d'un an après, cette résurgence a fait jaillir nos larmes jointes en une seule eau...

Cette fumée qui nous portait
Etait soeur du bâton qui dérange la pierre
Et du nuage qui ouvre le ciel.
Elle n'avait pas mépris de nous,
Nous prenait tels que nous étions,
Minces ruisseaux nourris de désarroi et d'espérance,
Avec un verrou aux mâchoires
Et une montagne dans le regard.

Certains êtres ont une signification qui nous manque.
Qui sont-ils ?
Leur secret tient au plus profond du secret même de la vie.
Ils s'en approchent. Elle les tue.
Mais l'avenir qu'ils ont ainsi éveillé d'un murmure,
Les devinant, les crée.
Ô dédale de l'extrême amour !

René Char - Les Feuillets d'Hypnos.... justement !

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